Nous nous
réveillons de bonne humeur pour ce dernier matin : la nuit a été douce et bonne sous cette grange accueillante, qui dans sa charrette, qui dans le foin, ou dans l’écurie… Elise s’est
réveillée un peu avant tout le monde, et en a profité pour immortaliser tous les dormeurs, tout comme François qui, lui, met le réveil en images.
C’est étrange de se dire que nous en sommes au dernier jour, tant nous avons passé de mois à songer à cette aventure, et au jour où nous verrons
enfin le Mont ! La chaleur des couvertures nous retiendrait presque malicieusement, pour ne pas laisser à cette journée le loisir de commencer, et par là même de s’achever…
On s’est endormi en riant, on se lève finalement de même. Enfin, ceux qui ont pu, car transie de froid, Laurence a finalement à peine fermé
l’œil de la nuit. La journée sera certainement longue pour elle… ! Les amis qui nous ont rejoint la veille sortent eux aussi peu à peu de leur couchage, pour un petit déjeuner bruissant de
bavardages et de rires, et des préparatifs partagés entre les six pèlerins du début, maintenant habitués, et les 4 autres s’apercevant qu’ils ont oublié leur bâton de marche, ou bien que leur
gourde fuit, etc.
M. JOLLY vient nourrir les animaux, il en profite pour nous saluer et nous souhaiter bon courage pour cette dernière étape. Nous promettons de rester en contact, comme à
chaque fois que nous avons quitté, émus, un de nos charmants hôtes.
Nous faisons également nos adieux à la Cocaïne, Astra, Litchi, et les autres, puis nous nous répartissons dans les voitures, pour rejoindre le
point d’étape d’où nous devons partir ce matin. C’est l’église de St Jean le Thomas qui salue ainsi nos premiers pas !
Rendez-vous pris avec François et Laurence au Bec d’Andaine pour la pause du midi avant la traversée, ils vont se charger tous les deux, durant
la matinée de rapatrier tous les véhicules en ce lieu pour prévoir la fin de la journée et le retour du Mont.
Nous prenons enfin la
route, non plus à six mais à dix pèlerins. Cela fait une drôle d’impression, le groupe nous paraît presque gigantesque ! Et puis, pour nous qui avons pris notre rythme, nos habitudes de
marche, il nous faut nous adapter à ces nouveaux arrivants, qui nous parlent d’autres sujets que ceux que nous sommes accoutumés à évoquer depuis huit jours, qui bavardent quand nous avons appris
à goûter le silence de la marche, etc. Mais il y a aussi la joie de partager notre expérience de cette semaine écoulée, de voir des sourires motivés et de rire tous
ensemble sous le soleil de cette belle journée… !
Nous empruntons quelques routes goudronnées puis des chemins de terre, devisant gaiement, mais ce que nous attendons avec
impatience, c’est la plage et la mer. Nous réalisons à quel point nous y avons finalement pris goût, durant ces quelques jours où nous avons eu le
plaisir de les côtoyer, et nos cœurs comme nos pieds aspirent à la douceur du sable sous nos pas et a l’ampleur de l’horizon sous nos yeux. A mesure que nous avançons, la terre se fait sable sous
nos pieds et nous arrivons rapidement sur la plage.
Au loin le
Mont St Michel, silhouette mythique, que l’on peu admirer d’ici dans l’axe de Tombelaine. Le voilà, le but de notre Chemin, qui va se rapprocher de nous à mesure de nos pas…
Dès les premiers pas dans le sable, Florent et Noëlle préfèrent enlever leurs chaussures et marcher pieds nus. Tous le monde respire le grand
air et commence à regarder par terre, retrouvant la fascination des coquillages à ramasser : ce seront les derniers de ce périple, il faut maintenant en profiter ! Nous avançons
tranquillement, entre deux pauses de « récolte », mais Didier force un peu la marche pour nous rappeler que nous avons aussi un horaire à respecter afin d’être à l’heure pour la
traversée de la baie. Insensiblement, le Mont se rapproche, et c’est avec émotion que l’on voit ce groupe de pèlerins hors du temps laisser leurs empreintes infatigables dans sa direction…
Nous traversons un passage de tangue, qui comme prévu alourdi nos pas et englue nos chaussures. Cela nous conforte dans l’importance de prendre
un guide spécialisé pour la traversée de la baie.
Nous arrivons
enfin sur la plage du Bec d’Andaine. Il n’est pas tard, et nous prenons quelques minutes pour admirer le Mont St Michel, dont la flèche s’élance maintenant devant nous, toute proche, vers le ciel
ensoleillé. Puis nous lui tournons le dos pour nous diriger vers point de rendez-vous où nous devons retrouver François et Laurence. Nous commençons à croiser quelques touristes que nos tenues et
notre allure étonnent et amusent. Nous trouvons un endroit agréable où nous installer pour ôter nos chaussures, nos pansements, et mettre nos pieds à nus pour les aérer et les préparer à la
traversée. Nous prenons notre temps, nous devisons avec plaisir sous le soleil, quand François nous annonce qu’il est arrivé, et qu’il a eu des instructions de la part du guide. Il prévoit que
nous soyons en avance sur l’horaire afin que nous puissions rencontrer les journalistes qu’il a invités avant la traversée. Il est donc temps que nous allions manger, près du camion, sur le
parking du Bec d’Andaine. Il y a de nombreux groupes qui se forment, et parmi eux, il se trouve toujours quelques personnes pour venir nous photographier et nous questionner. Nous répondons bien
volontiers, et les compliments et les encouragements des gens nous font chaud au cœur, pour nous qui sommes maintenant dans la dernière ligne droite pour notre aventure… !
C’est dans un joyeux désordre que nous déjeunons et que nous nous changeons pour
nous mettre en braies. Nous nous rendons ensuite près de la billetterie pour attendre Didier LAVADOUX, notre guide. Ce dernier ne tarde pas arriver, plein d’entrain et d’humour, mais aussi de
sérieux et d’intérêt face à notre aventure et notre participation à une de ses traversées. Comme prévu, il a fait venir la presse afin de publier quelques articles dans les journaux locaux. Nous
nous prêtons tous au jeu des photos et Nicolas présente à chacun des journalistes l’association ARTEMIS ainsi que notre projet, expliquant en détail l’aventure que nous venons de vivre pendant 9
jours.
Mais l’heure est venue, il ne faut pas faire attendre la marée ! Notre guide rassemble donc tous les participants de la traversée et nous
emmène près de la plage pour nous présenter à tous, et donner les instructions à chacun pour que la traversée se déroule sans risque : pas de chaussures aux pieds, c’est la consigne
obligatoire, et bien rester attentif à ses recommandations de sécurité chaque fois qu’il nous en donnera. C’est aussi l’occasion pour lui de lancer quelques traits d’humour au sujet de la
« guerre » mythique entre Normands et Bretons ! Le ton direct et facétieux de Didier LAVADOUX plaît beaucoup à tout notre groupe…
Une fois tout le monde
déchaussé, nous nous mettons en route pour nos premiers pas dans la Baie, et les premières explications de notre guide. Passionné et passionnant, il nous explique ce qu’est la Baie, son histoire,
sa vie, l’influence normande et bretonne, etc. en sachant captiver son auditoire !
Nous avançons à mesure de ses commentaires. Ceux sur Tombelaine nous fascinent… Puis vient le moment de nous faire traverser l’eau, un des
fleuves qui empruntent la Baie pour rejoindre la mer. Les instructions sont claires et précises et Didier LVADOUX sait autant manier l’humour que le sérieux pour bien guider ses voyageurs. Il
traverse le premier devant nous pour trouver le meilleur endroit pour nous faire passer… et à ce moment là, une inquiétude nous étreint : même s’il est maintenant un peu loin, l’eau ne lui
arrive-t-elle pas en haut des cuisses ? Mais, il est tout de même plus grand que nous !! Où l’eau va-t-elle nous arriver alors ?!! Chacun d’entre nous est soudain attentif à
remonter a maximum ses vêtements, raccourcir les bandoulières de ses besaces, etc. Soline s’inquiète du fond de sa hotte qui risque fort de tremper dans l’eau, et c’est finalement Florent, un peu
plus grand, qui se retrouve à la porter sur son dos !
Notre guide est revenu, il nous faut maintenant y aller, suivre son chemin, en
nous tenant la main par petits groupes, marchant en quinconce pour ne pas trop faire bouger la lise sous l’eau, les fameux sables mouvants… ! Nous marchons en riant, mais l’eau monte, monte,
peu à peu, et nous avons bientôt, pour les moins grands d’entre nous, de l’eau au-delà des cuisses. Le courant est fort, la traversée n’est finalement vraiment pas sans risque si l’on s’y
aventure seul, et ce n’est pas le monsieur que nous apercevons tentant d’avancer dans l’autre sens, encore plus à contre courant, et qui trébuche dans l’eau en raison des bancs de lise. Il s’en
tire pour une bonne peur, mais…
Nous voici tous parvenus de l’autre côté du fleuve, sur le sable, pour poursuivre notre marche vers le Mont qui se rapproche peu à peu. Les
autres passages d’eau ne sont pas si profonds, nous nous amusons beaucoup, et cette traversée est vraiment un agréable moment.
Nous sommes quasiment arrivés au pied du Mont quand notre guide nous arrête pour une
petite leçon sur les sables mouvants. A quoi cela ressemble, comment s’y enlise-t-on, comment en sortir ? François et Sylvain acceptent de
s’enliser avec d’autres personnes pour l’expérience !
Lorsque nous parvenons enfin au pied du Mont St Michel, nous avons l’agréable surprise de constater qu’il n’est pas si tard que cela, et que si
nous faisons assez vite pour nous nettoyer les pieds et nous rechausser pour gravir les marches jusqu’à l’Abbaye, nous pourrons peut-être arriver avant l’heure de fermeture au
public !
Didier LAVADOUX nous amène tous les 12 à l’entrée du Mont, près de l’eau pour se rincer les pieds et nous salue, répétant le plaisir qu’il a eu
à faire cette traversée avec nous. Il en a été de même pour nous, M. LAVADOUX, soyez en sûr ! Nous nous mettons dans la file pour accéder au robinet. Il n’en reste paraît-il qu’un en service
car le Mont aimerait faire payer l’eau avec la traversée, et pour marquer son mécontentement que ce ne soit pas encore fait, a volontairement coupé l’accès à l’eau sur plusieurs des robinets
présents à l’origine !
Nous faisons
le plus vite possible et nous voici tous plus ou moins proprement rechaussés. Nous nous lançons donc à l’ « assaut » du Mont. Nous avons de la chance, nous ne sommes pas au niveau de
l’entrée par la grande rue principale, sûrement pleine de monde à cette heure, et de ce fait bien plus longue à gravir. Nous parvenons donc très rapidement à l’entrée de l’Abbaye par la rue XX et
nous y sommes bien avant la fermeture. Quelle joie ! Quelle récompense ! Nous ne rêvions de rien de mieux pour couronner notre aventure et les instants magiques de la traversée!
Le personnel de l’Abbaye est bien surpris de voir ainsi 11 pèlerins comme échappé du Temps, et certains osent quelques questions. Les gens
semblent sensibles à notre démarche, et nous ne leur cachons pas que nous aurions apprécié de pouvoir réaliser notre projet en partenariat avec la direction du monument. Mais voilà, tout dépend
des objectifs de chacun pour la conservation et la communication autour du lieu… Point besoin de plus de commentaires…
Nous entamons enfin cette visite qui nous fait si chaud au coeur… Les marches que nous gravissons élèvent notre esprit autant que nos pieds…
Quel panorama ! Quelle beauté saisissante que celle de la baie sous le soleil… !
Mais… ? Quelle est cette chansons que nous nous mettons à fredonner ?
« La jambe me fait mal, boute-selle, boute-selle, la jambe me fait mal… » Quelques rires étouffés et François et Nicolas disparaissent derrière un pilier, sous l’œil interrogatif de
Noëlle, Florent, Stéphanie et Matthieu qui se demandent ce qu’il se passe !... Et voilà qu’arrivent soudain en bondissant le célèbre super héro Bâtonman et son fidèle assistant Robinet dit
Robin Déboires !!!! Les super héros qui viennent la rescousse des pauvres pèlerins en détresse qui peuvent les
appeler en fredonnant la dite chanson ! C’est qu’ils ont fière allure avec leurs masques en cuir et leurs bourdons magiques ! Ah là là… les derniers arrivés d’entre nous semble n’y rien
comprendre et restent sans voix devant tant d’absurdité !! Mais nous sommes au moins sept à bien rire de la farce.
Celle-ci terminée, nous reprenons la visite, et quelle chance, sans la foule... Moments privilégiés dont nous rêvions pour terminer notre
aventure... ! François et Laurence, et Elise et Sylvain choisissent de rester assister aux vêpres, le reste des pèlerins poursuit la visite. Nous avons l’impression d’avoir l’Abbaye pour
nous tous seuls, c’est merveilleux, presque incroyable… A tel point que nous restons assez silencieux, recueillis dans l’instant…
Or le temps passe si vite que c’est finalement déjà terminé ! Nous ressortons, sans François, Laurence, Elise et Sylvain. Nous apprenons
qu’il nous faudra attendre encore la demi d’une heure pour que les vêpres se terminent.
Nous en
profitons donc pour faire un peu shopping dans la rue principale, véritable tue du temple où nous espérons pouvoir trouver une petite médaille à mettre à nos chapeaux, en signe de la fin de notre
pèlerinage, mais nos espoirs sont bien vite déçus. Rien de satisfaisant ! Ah si, un bon fou rire en mangeant d’excellentes galettes sablées dont l’emballage ne manque pas d’humour :
« les pèlerins au Moyen Age emmenaient avec eux, sur les chemins, de délicieux galettes sablées », ou quelques choses dans cet esprit !!...
Les touristes sont à la fois heureux et surpris, profitant de l’aubaine pour prendre
des photos de nous ou mieux, se faire prendre en photos avec nous. Nous nous prêtons au jeu, et Florent amuse les gens en s’installant au pied d’un escalier et en mendiant avec son chapeau.
Noëlle et Stéphanie se prennent au jeu et lui lancent quelques piécettes, mais cela ne dure guère car ce n’est pas du goût de tout le monde, et un policier nous intime l’ordre de quitter les
lieux en nous signifiant avec virulence que la mendicité est interdite sur le Mont. Il nus semblait pourtant que c’était clair que c’état un jeu, mais nous n’insistons pas et nous passons notre
chemin…
C’est lorsque nous arrivons sur les remparts que nous apercevons enfin les quatre
manquants à notre groupe. Ils ne regrettent absolument pas d’avoir assisté aux vêpres, même s’ils ont raté la visite du Mont : la solennité de l’instant, les lieux et la beauté des chants
les ont comblé. Ca y est, nous sommes tous réunis, heureux des moments que nous avons vécus sur le Mont. Nous sommes 6 a avoir du mal à réaliser que ça y est, c’est achevé, que nous l’avons
« fait »… Mais que de bonheur dans le cœur !! Nous allons mettre un peu de temps à reposer les pieds sur terre…
Il est temps maintenant d’aller récupérer les véhicules divers qui nous attendent, et d’aller trouver un quelque bonne table susceptible de nous
accueillir tous à l’heure qu’il est. C’est finalement une pizzeria à Avranches qui acceptera de nous servir… Nous allons fêter dignement cet évènement que nous venons de vivre ! Dernière
image pour immortaliser l’instant.