Mercredi 8 octobre 2008

Nous nous réveillons après une bonne nuit passée sans avoir souffert du froid, finalement… Voilà, c’est notre dernière journée « tous seuls ». Nous nous préparons. Les chaussures ont encore un peu séché, mais Isabelle et Soline craignent qu’elles soient encore trop humides pour que les talonnettes tiennent de nouveau correctement. Elles décident donc de faire la journée sans talonnettes, tout en sachant qu’elles auront sûrement bien mal aux pieds en fin de journée. Tant pis.

Thierry POIRIER vient nous saluer le matin avant notre départ, nous posant quelques questions sur notre aventure et sur l’itinéraire de nos deux dernières étapes.

François nous emmène ensuite pour que nous reprenions le Chemin à l’endroit où nous l’avions arrêté hier, sous le soleil et le vent fraîchissant, puis il repart pour retrouver Nicolas resté à l’étape avec le matériel. Ils nous rejoindrons pour ce que, selon la légende,  le général Eisenhower
aurait nommé « plus beau kilomètre de France »…

Le chemin pour quitter la ville serpente à flanc de rocher, entre hautes herbes, buissons et jardinets de maisons. Les points de vue sont saisissants, nous laissant croire que nous sommes dans quelque île exotique plutôt qu’en Normandie ! Le soleil donne à la mer des couleurs éblouissantes et la végétation semble livrer une bataille incessante contre la roche…

Nous descendons finalement sur la plage pour marcher de nouveau quelques temps sur le sable, mais le bord de mer est assez urbanisé à cet endroit et le chemin nous amène vite à quitter la côte pour entrer un peu plus loin dans les terres. Nous devons malheureusement marcher assez longtemps sur le macadam et même si nous ne suivons que de petites routes tranquilles et très agréables, la douleur commence de s’emparer des pieds de Soline et d’Isabelle. Elles espèrent que l’itinéraire nous remettra bientôt sur un chemin plus confortable pour les pieds, mais ce n’est malheureusement pas le cas, et plus les kilomètres passent, plus cela fait mal, dans les pieds, les chevilles, les tibias, mais aussi le dos, les hanches. Les talonnettes leur font bien défaut, et il leur faut serrer les dents pour poursuivre jusqu’au moment de la pause déjeuner. Nous comptons aller jusqu’à Carolles, afin d’avoir fait une bonne partie du chemin avant de nous restaurer.

Nous arrivons enfin à un premier point de vue sur Carolles-Plage au bord de mer. Il était plus que temps, et Soline se laisse tomber sur le banc qui se trouve là. Isabelle s’assoit également. Tous les autres font de même, regardant l’itinéraire pour savoir si nous allons manger à cet endroit ou pas. La douleur décide finalement à notre place : Soline ne repartira pas avant d’avoir mangé, fait une pause, et surtout, remis ses talonnettes dans ses chaussures enfin sèches ! Elle et Isabelle se déchaussent pour soulager leurs pieds, faire sécher leurs chaussures. Chacun s’installe confortablement comme il peut, se mettant à l’aise avant de manger.

Nicolas et François prennent contact avec nous pour nous localiser et nous rejoindre pour manger. Didier tente de leur expliquer où nous sommes, mais ils doivent nous recontacter plusieurs fois avant de réussir à trouver l’endroit où nous nous sommes arrêtés. Une fois arrivés, ils sont tous contents de nous montrer leurs achats de la matinée : des grelots en laiton pour mettre sur leurs bourdons, les pèlerins s’en servaient pour éloigner le mauvais sort !

Isabelle et Soline racontant leurs déboires avec leur chaussures en l’absence de talonnettes, Nicolas leur propose de les remettre en place et de les coller afin qu’elles ne bougent plus.  Voici une proposition bien agréable, le reste de l’étape sera sûrement moins pénible grâce à cela !
Nous terminons notre pause repas par une bonne sieste au soleil, de manière à reprendre des forces pour pouvoir savourer le chemin que nous parcourrons cet après-midi : nous tenons tous à profiter au maximum de ce fameux « plus beau kilomètre de France » !... François et Nicolas repartent alors que nous nous laissons aller au sommeil, ils vont aller se changer et remettre leurs habits de 1458 pour se joindre à nous pour ce tronçon de l’étape.

Nous sommes bien installés à nous reposer, mais il faut repartir, il nous reste tout de même du chemin à parcourir avant de rejoindre notre point d’étape de la nuit. Dès que le groupe repart, Soline et Isabelle peuvent apprécier le changement net des sensations sous leurs pieds, grâce aux talonnettes remises en place par Nicolas. Quel soulagement ! Elles vont vraiment pouvoir profiter des beautés du chemin de cet après-midi !...
Nos pas nous emmènent descendre un escalier, rejoindre la plage sans y poser nos pieds, puis remonter un autre escalier pour gagner un point de vue et la table d’orientation. Là nous attendent Nicolas et François, prêts à marcher avec nous, en tenue médiévale. Un moment de contemplation de l’horizon : eh oui, nous venons de la bas, la pointe de Granville ! Déjà si loin sur l’horizon ensoleillé…! Et nous nous élançons, pour la première fois au grand complet, sur le chemin… Sillonnant d’abord à flanc de falaise dans les hautes herbes, nous voyons peu à peu la végétation se transformer, paysage escarpé et sauvage  dans lequel nous nous enfonçons peu à peu. La pierre est à fleur de sentier, chaotique, et les ajoncs nous forment une haie d’honneur lumineuse, parmi les arbustes et fleurs sauvages.

Nous nous sentons étrangement comme sur une île, exotique ou provençale, on ne saurait dire, mais à tout point de vue époustouflante et déroutante. Nous avançons, descendant en fond de vallée dans l’étonnante brèche taillée d’un coup dans la roche, sous un soleil éclatant, puis le chemin tortueux et abrupt remonte de l’autre côté du petit ruisseau discret qui gazouille et chantonne. Nous nous retrouvons de nouveau au sommet de la falaise, d’ou le point de vue sur la mer est admirable. La nature s’offre à nos yeux, parée d’un magnifique nuancier de bleus, de verts et de gris parsemés du jaune soleil des ajoncs et des genêts. Le sentier suit de nouveau la falaise et nous arrivons enfin en vue de la cabane Vauban, et de là… la Merveille… Enfin !... Le but de notre périple se dessine à nos yeux, le rocher de l’Archange encore dans le lointain, entouré comme depuis l’éternité par une mer d’eau ou de sable, selon le moment de la marée. Moment magique, instant d’émotion. Nicolas et François nous improvisent un petit interlude qui nous fait tous rire, en campant les personnages de deux supers héros nés de leur imagination ce midi, super héros nommés Bâtonman et Robinet, dont la mission est de protéger les pèlerins…! Didier lui se recueille silencieusement pour goûter l’instant… Chacun trouve sa manière d’immortaliser le souvenir de ce lieu et de ce moment dans sa mémoire.

C’est à cet endroit que Nicolas et François nous quittent pour rebrousser chemin et récupérer le van là où ils l’ont laissé. Nous poursuivons à cinq le chemin qui va nous rapprocher chaque pas d’avantage du Mont St Michel. Tantôt visible, tantôt caché par les genêts, le rocher semble nous attirer inexorablement, perdu entre les flaques d’eau aux reflets irisés répondant aux nuages, tableau mouvant de grisaille et d’ocre liquides… Nous continuons notre progression sur la falaise escarpée encore un bon moment avant de rejoindre la route et de bifurquer vers l’intérieur de la campagne : Champeaux n’est plus loin, nous sommes bientôt arrivés. Nous parcourons tranquillement les petites routes, la fatigue est là, mais nous goûtons pleinement ces derniers moments de voyage en petit groupe. Nous savons tous que ce soir, d’autres pèlerins vont nous rejoindre pour le dernier jour, et que l‘arrivée en vue du Mont à la cabane Vauban aura été pour nous la « vraie » arrivée de notre pèlerinage intime. Nous demandons notre route, et nous endurons silencieusement les derniers kilomètres de macadam de la journée. Nous voyons soudain Nicolas et François devant l’entrée d’une ferme équestre, nous y voilà ! Nous sommes arrivés chez Thierry JOLLY qui nous accueille en souriant chez lui pour cette nuit.

Nous nous présentons et il nous emmène vers la grange où nous allons dormir. Notre hôte est charmant, plein de bonne humeur et de joie à partager, il nous présente son domaine, mais aussi ses amis à quatre pattes : Litchi a cochonne vietnamienne, Astra le chien, Cocaïne la gentille chatte écaille de tortue, mais aussi les lapins, les cobayes, la famille de souris nichée dans une mangeoire, les chevaux Tarpan paisibles et séduisants, etc. Thierry JOLLY aime les animaux, aime la nature, et ne regrette pas, bien au contraire, d’avoir un jour élu domicile en pleine campagne, ici.

Il nous a gentiment installé tables et bancs, des matelas dans un box, et du foin dans une superbe charrette. D’autres bottes de foin sont à notre disposition pour nous installer un nid douillet comme nous le souhaiterons, que pourrions-nous désirer de mieux ?

Ce soir, cinq personnes doivent nous rejoindre pour passer la soirée et le dernier jour de notre route avec nous : Laurence, ainsi que Noëlle et Florent, Stéphanie et Matthieu, des amis du Nord de la France que notre projet a séduit et qui ont eu envie d’en partager un petit morceau. Nous installons donc nos affaires avant de préparer à manger pour les accueillir au mieux lorsqu’ils arriveront. Soline et Nicolas décident de s’installer dans la belle charrette, ils vont la partager avec Didier et Isabelle, qui arbore un sourire lumineux rien qu’à penser à la nuit savoureuse qu’elle va y passer. François choisit le tombereau à balayer pour y passer la nuit avec Laurence, mais sans foin en raison de ses allergies. Elise et Sylvain, eux, se réservent les bottes de foin pour s’y construire un petit fortin !

Ces installations terminées, chacun se détend, vaque aux occupations nécessaires, visitent, etc. à sa guise. Nicolas s’installe pour confectionner deux masques de cuir que lui et François comptent arborer pour faire une surprise aux « nouveaux » demain. François part finalement pour aller chercher Laurence afin qu’elle trouve facilement le lieu de l’étape. Et le repas est prêt lorsque les Nordistes arrivent après de longues heures de voyage pour nous rejoindre. Rires et sourires, joie des retrouvailles après de longs mois sans s’être vraiment vus, et puis mille et une questions qui fusent de part et d’autre, la bulle vient d’éclater, s’ouvrant d’un seul coup au monde extérieur … Nous racontons nos aventures à qui veut l’entendre, les nouveaux venus en sont friands. Ce que nous racontons rappelle à Florent et Noëlle leur propre vécu, il y a quelques années, sur une partie du Chemin de St Jacques du Puy vers Compostelle. Souvenirs et expériences croisées… C’est en devisant gaiement que nous passons la soirée, nous réchauffant de convivialité et de partage sous cette grange simple et accueillante.

Mais le temps passe si vite, il nous faut aussi penser à dormir ! Chacun va s’installer le plus confortablement du monde dans son nid de fortune. Les Nordistes trouvent asile dans le box, sur les matelas. Des rires percent cette nuit sans étoiles, certains auront du mal à dormir. D’autres feront raisonner l’atmosphère à grand renfort de ronflements… Mais finalement, les corps et les esprits fatigués sombrent bientôt dans un profond sommeil…

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Vendredi 3 octobre 2008

Aujourd’hui, comme prévu, Elise et Sylvain ne marcheront pas. Ils auront la charge de tout ranger, charger le van, et contacter la halte de ce soir. Entre temps, ils nous rejoindront pour la pause du midi. Elise préfère en effet laisser reposer sa cheville afin de pouvoir terminer le pèlerinage dans les meilleures conditions qui soient, et Sylvain souhaite profiter de la journée avec elle puisqu’il s’agit pour eux de leurs vacances.

Nicolas, comme prévu, a décidé de tester sa cheville en remarchant durant une journée avec son atèle. Si cela ne va pas, il s’arrêtera, mais il souhaite voir ce qu’il peut faire pour tout de même continuer un peu à marcher, et surtout pouvoir faire la traversée de la Baie dans 2 jours… Le fait qu’Elise et Sylvain fassent une pause va aussi permettre à François de marcher durant une journée avec nous, ainsi qu’il souhaitait le faire. Ces deux là, pour des raisons d’endurance et de précaution, marcheront à leur rythme, et nous serons bien content de les suivre ainsi, cela nous reposera également !

Toujours autant agacés par la longueur de nos préparatifs de pieds, François et Nicolas décident de prendre de l’avance aussitôt terminé le petit-déjeuner. Ils partent donc avant Isabelle, Didier et Soline, tranquillement, les attendre sur la plage.

Nous disons au revoir à nos hôtes, nous les remercions pour l’expérience écologique qu’ils nous ont permis de vivre, et nous partons tranquillement pour rejoindre la mer. Tout doucement, que les muscles chauffent… Nous apercevons peu à peu, au loin, un drôle de pirate qui agite un drapeau à notre attention ! Ah non !... Ce n’est pas un pirate, c’est Nicolas qui guettais notre arrivée et qui a accroché son chaperon à son bourdon pour l’agiter !... Nous entamons notre septième journée de marche en riant !

Nous suivons la plage en devisant gaiement, contents que Nicolas soit de nouveau des nôtres, et puis que François partage un peu notre expérience de marcheurs… Nous sommes sereins face à cette journée car nous allons faire essentiellement de la marche sur le sable et le temps est clément. Le paysage maritime a changé, et nous réalisons vite que ne pouvons finalement pas toujours suivre le sable en raison du niveau où arrive l’eau. De nombreux éboulis de sable et de végétation montrent également à quel point la mer peut avancer sur la terre. Mais les bords déchiquetés du chemin mêlés aux buissons torturés forment un paysage splendide… Les fleurs sont nombreuses, colorées et contrastées parmi les herbes délavée par le sel et le soleil. Nous découvrons même une magnifique orchidée sauvage qu’aucun d’entre nous n’avait rencontrée avant, sûrement une « 
Orchis Bouc », rare en ces contrées Normandes ! Un petit court d’eau à passer, il va falloir de nouveau s’aider du bourdon pour sauter. François semble faire le difficile, mais c’est pour se moquer : avec sa taille il n’a qu’à tendre la jambe au-dessus et d’un pas sans effort, il enjambe l’obstacle ! Tssst…

La présence d’un petit havre nous oblige à prendre quelques petites routes dans la campagne maraîchère du bord de mer. Les coquelicots nous saluent joliment, et les légumes frais dans les champs font envie à nos estomacs pourtant matinaux. Nous nous dirigeons maintenant vers le Havre de la Vanlée : nous allons passer à sec la route submergée que nous avons vue hier soir… ! Comme c’est étrange de voir ce matin le décor totalement différent, les prés salés, la petite rivière bien sage, et la route totalement sèche ! Seuls coquillages, traces d’écume de mer déshydratée, et autres os de seiches abandonnés par le courant dans les herbes témoignent de la submersion des lieux.

Les panneaux de signalisation routière ont repris tout leur sens, et nous longeons les cabanes des moutons encore absents des pâturages pour le moment trop salés… Nous traversons gaiement, bientôt rejoints puis dépassés par Elise et Sylvain dans le van : ils sont tous souriants, semblant vraiment heureux de cette journée de pause dans l’effort, et rendez-vous est pris pour les retrouver pour manger à St Martin de Bréhal ce midi. Ils disparaissent bien vite sur l’horizon, nous laissant à la notre chemin qui serpente dans ce paysage étrange de prés salés évoquant parfois les tourbières. Nous rejoignons ensuite de nouveau la plage pour nous rendre au lieu de rendez-vous.

Comme toujours la pause du midi est l’occasion de mettre les pieds à l’air. Nous nous restaurons en admirant la mer et le ballet incessant des mini-tracteurs servant à la culture des moules, tels des petits crabes laborieux constellant le sable. Pour les gens qui nous voient, le tableau est improbable : des visiteurs du passé au beau milieu d’une plage ouvrière et touristique du XXIe s. !

François, qui a marché avec entrain, annonce soudain qu’il ne repartira pas sans avoir sacrifié à son rituel du midi habituel : un petit café en terrasse. Didier et Nicolas sont aussitôt partants, ce qui fait que nous en profitons tous, et finalement, les commerces modernes nous attirent insensiblement… Gourmandise… N’est-ce pas un péché ?! On va y réfléchir… En attendant, Soline veut payer le café à tout le monde, puis la glace dont nous rêvons tous, mais, dépourvue d’argent liquide, le seul moyen de paiement qu’elle ait, sa carte bancaire, n’est pas accepté chez les commerçants où nous allons. Vexée, elle refuse de manger une glace, préférant rester têtue et fermée que de passer outre. Nicolas a bien de la patience pour la faire revenir à meilleure raison… !

Chacun déguste en marchant, Elise et Sylvain nous accompagnent sur quelques centaines de mètres. Sylvain, en tenue du XXIe s. avec son sac à dos, dénote dans notre paysage pèlerin ! Il leur faut de toute manière retourner au véhicule, et nous nous les quittons pour poursuivre vers Granville.

La pointe de la ville commence à se dessiner de plus en plus précisément sur l’horizon devant nous, nous distinguons les remparts, les rochers découverts par la mer au pied, la ville moderne, les pierres centenaires… La ville haute est en effet établie sur une presqu'île ceinturée de falaises de schiste, appelée Pointe du Roc. Nous vérifions quelques instants l’itinéraire afin de voir s’il nous sera faisable de continuer le plus possible sur le bord de mer avant d’entrer dans le bourg et nous distinguons un passage au pied du casino. Juste avant d’y parvenir, nous faisons de nouveau une pause aération des pieds pour François, qui désire vérifier qu’il n’a pas d’ampoule. De nouveau, dans le sable, des coquillages en grand nombre, et même des coquillages à manger ! Nous aurions bien envie d’une fricassée de fruits de mer ! Quelques coquilles pour la collection, des miniatures, des jamais vus, et puis il faut avancer…

Nous entrons en ville, enfin. Mais nous nous rendons vite compte que nous devons faire face à une foule d’agression sonores, odorantes, visuelles : nous ne sommes plus habitué à un tel grouillement de vie urbaine. Ne pas rester là, aller plus loin, avancer. Nous passons devant le casino, les restaurants. L’un des patrons nous regarde passer et nous interroge sur nos tenues, nous échangeons quelques mots : il souhaite bientôt partir faire Compostelle ! Nous tentons de partager un peu de notre expérience avec lui, mais il semble finalement déjà tout « savoir » et nous écoute à peine, aussi nous n’insistons pas et lui souhaitons bonne route…

Elise et Sylvain doivent nous rejoindre à Granville, mais nous n’avions pas décidé en quel lieu précisément. Nous décidons de poursuivre jusqu’à l’extrémité de la Pointe du Roc, où l’itinéraire s’arrête pour cette étape. De leur côté, eux passent comme prévu voir notre halte de ce soir.  La Mairie de Granville a eu la gentillesse de nous proposer la mise à disposition gratuite d’un hangar de bois, annexe du Centre de Loisir Château-Bonheur  et qui sert habituellement à stocker les canoës, et qui possède point d’eau, point douche, toilettes, et même un barbecue ! Ils s’y rendent avant que M. Thierry POIRIER, Directeur du Centre de Loisir, ne s’en aille, afin de prendre les consignes pour l’occupation des lieux.

En cheminant le long des remparts, le panorama sur l’horizon et sur les Iles Chausey est magnifique… Un véritable appel du Grand Large, si l’on se plaisait à l’écouter. François a distancé Soline, Isabelle et Didier qui s’arrêtent pour bavarder avec une sympathique Granvillaise qui les a involontairement alléchés avec son panier de retour de pêche à pied. Elle répond bien volontiers à leurs questions sur les fruits de mer qu’elle a ramassés, tandis qu’elle les questionne sur leurs tenues. Un échange convivial, agréable et instructif ! Allons, il faut tout de même continuer.

Elise et Sylvain nous rejoignent près du phare de Granville, comptant nous récupérer afin que l’on aille acheter tous ensemble de quoi faire cuire au feu de bois pour manger le soir, mais la configuration du van ne nous le permet pas, et nous préférons les attendre en contemplant le ballet du port, c’est plus raisonnable… Même si le temps fraîchit pendant que nous les attendons, avouons-le ! Ah il était temps qu’ils reviennent, nos logisticiens du jour !...

Arrivés au centre de loisir, nous nous installons confortablement sous le hangar prévu, avec quelques craintes vis-à-vis de la fraîcheur de la nuit vu l’ouverture du hangar, mais nous ne sommes plus à cela près… Par contre, lorsque nous voulons tester le fonctionnement des douches, quelle n’est pas notre surprise : uniquement de l’eau froide, l’eau chaude n’a pas encore été mise en route pour la saison ! Heureusement, il y a ici un gardien, que Sylvain et Nicolas vont chercher. Ce monsieur ne saura guère faire mieux face au chauffe-eau, il faudrait des professionnels ! Ennuyé, cependant, de ne pas pouvoir nous installer l’eau chaude, il s’arrange pour nous mettre aimablement à disposition les sanitaires du personnel du centre ! Grand merci, quel réconfort avant la nuit !...

Entre-temps, Nicolas prend le temps de réparer les chaussures qui en ont besoin : ressemeler, coller un renfort, etc. il y a toujours quelque chose à faire de ce côté-là, et puis nettoyer, graisser… Nous en aurons passé du temps autour de nos chaussures… mais pas autant qu’autour de nos pieds !

Ce soir la cuisine au feu de bois donne à notre repas un air de fête, et la soirée passe bien vite, la dernière où nous sommes ainsi à sept, dans l’intimité de notre groupe : à bien y songer, on s’y est bien habitué, et cela fera quel effet, demain soir, d’accueillir de nouveaux venus ? Nous verrons bien, sûrement une bouffée d’air frais ! En attendant, il faut aller rejoindre Morphée, non sans avoir préalablement installé les tables en guise de coupe-vent pour nous prémunir du froid attendu cette nuit…

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Jeudi 4 septembre 2008

La nuit a été excellente, et nous nous réveillons d’un bon pied ! Un bon petit déjeuner, et pendant ce temps-là, nous mettons à sécher tout ce qui en a besoin : le soleil pointe de nouveau le bout de ses rayons. Le même rituel s’enchaîne, comme chaque matin, avant que nous soyons enfin prêts à partir. François et Nicolas trépignent d’impatience à voir le temps que certains d’entre nous mettent pour se préparer !...

Aujourd’hui, les chaussures ne sont cependant pas totalement sèches loin de là. Soline et Isabelle ont toujours leur problème de talonnettes qui se déplacent à cause de l’humidité et qui créent des pincements au talon, et donc des ampoules (les autres n’ont pas ce problème, heureusement pour eux !), elles décident de les remettre tout de même, en espérant qu’elles ne bougeront pas trop. Nous commençons enfin à marcher, avec la ville de Coutances comme point de rendez-vous pour ce midi, sous le soleil : du baume au cœur…


Nous parcourons d’abord un petit tronçon de route goudronnée puis nous entrons avec joie dans un chemin de terre, tout de même plus confortable. Mais notre joie est de courte durée car très vite, la terre devient de la boue, des flaques apparaissent, et nous pensons tous à la même chose : pas une seconde journée comme celle d’hier !! D’autant plus que nous sommes partis aujourd’hui pour 28km !... Elise proteste d’autant plus fortement qu’elle sent toujours une douleur à l’arrière de sa cheville, et qu’en conséquence, elle craint de refaire un parcours chaotique et physiquement traumatisant.  Nous rebroussons donc chemin pour suivre la route, moins agréable sous les pieds, mais heureusement plus au sec !...

Nous tentons cependant, à chaque fois que cela nous semble possible, de retrouver un chemin plaisant et verdoyant, mais si la carte nous les indique, la réalité de Dame Nature est toute autre, et les broussailles nous forcent souvent à retourner sur nos pas… Nous en traversons cependant quelques passages, utilisant nos bourdons pour soulever des branchages, abattre des ronces ou des orties, monter ou descendre des talus abrupts, etc. Quelle aide précieuse en mille situations que ces bourdons ! Nous comprenons chaque jour d’avantage les raisons pour lesquels ils sont les fidèles compagnons des pèlerins.

Si nous bataillons ainsi dans les chemins, c’est aussi que le balisage n’est pas si aisé que cela à suivre sur cette étape. Des réaménagements d’itinéraire ou de portions de chemin ont probablement été faits, et le marquage n’a sûrement pas encore été réactualisé… Mais que sont jolies lorsque l’on arrive près de Coutances, ces petites rivières ombragées que l’on suit, et qui chantent sous le soleil aussi gaiement que les oiseaux ! Ce n’est cependant pas aussi facile pour tout le monde de goûter les beautés du paysage : Elise a de plus en plus mal à la cheville et craint que cela ne dégénère comme pour Nicolas. Elle s’économise comme elle peut, mais songe à s’arrêter à midi et ne pas faire la fin de l’étape afin de se reposer.

Nicolas et François nous attendent depuis un bon moment à Coutances lorsque nous y arrivons enfin. Nous finissons cette demi-étape avec du macadam, chose normale pour une entrée de ville, mais toujours douloureuse pour nos pieds éprouvés. Soline et Isabelle ont assez mal au talon, à cause de leurs talonnettes, et ne songent qu’à arriver à la Cathédrale pour se poser. Chacun ses « priorités » : après les difficultés rencontrées pour se repérer sur l’itinéraire, Didier et Sylvain devisent quant à eux ardument pour savoir sur quelle route nous nous trouvons et ne sont pas d’accord ! Allez les hommes, peu importe, l’important, ce sera de s’asseoir !

Nous arrivons à la Cathédrale où une petite visite s’impose. Nous admirons ses proportions, les perspectives de ses colonnes, les chapelles... Nicolas et François nous y rejoignent et une magnifique fresque représentant St Michel retient quelques instants notre attention. Chacun trouve à se ressourcer spirituellement, physiquement ou religieusement, selon son cœur. Nous ressortons ensuite  et c’est dans ses jardins que nous décidons d’aller manger, installés au soleil pour en admirer l’architecture flamboyante dont les siècles nous contemplent.

Tout le monde déchausse pour continuer de faire sécher les chausses et chaussures. Soline retire les talonnettes ne sachant pas si elle les remettra cet après-midi. Elise discute avec Sylvain de son arrêt à ce stade de l’étape. Nous nous restaurons cependant tous avec appétit et bonne humeur car nous sommes tous réunis, le ciel est clément et nous en sommes heureux. Nous devisons les uns les autres de nos maux de pieds ou de jambes, après cette demi-étape très goudronnée, et Elise annonce qu’elle s’arrête là pour aujourd’hui et qu’elle ne marchera pas demain : elle et Sylvain loueront une voiture pour être autonome et se reposer. Nicolas est très surpris de cette décision unilatérale car lui souhaite justement marcher demain et François également ! Il y a donc possibilité de s’organiser correctement pour que chacun y trouve son compte : Elise et Sylvain pourraient être autonomes dans le van, et Nicolas et François pourraient de ce fait marcher sans se soucier du véhicule logistique. Pour ne brusquer personne nous décidons tous d’en reparler ce soir.

Elise repart donc avec François et Nicolas, et c’est donc à quatre marcheurs que nous reprenons la route. C’est terrible pour le moral, car au sixième jour, nous avons perdu 1/3 de l’effectif ! Nous nous motivons cependant pour avancer, chacun à sa manière : Soline se dit par exemple qu’elle marche pour Nicolas qui ne peut plus le faire…

Nous suivons de nombreuses routes bitumées, et nous marchons autant que nous pouvons sur les bordures herbeuses. Finalement, nous n’avançons pas si mal, à tel point que parvenu au Pont du Roc, nous décidons que nous pourrons sûrement tenir sans problème jusqu’au point d’étape : au bout d’un moment on marche sans plus penser à autre chose qu’à avancer… !

Nous continuons d’un bon pas, et alors qu’il ne nous reste plus que 3 km, nous voyons François arriver : il a fait un repérage de la route, et il nous annonce que ce ne sera que du macadam, rien de très joli à voir, ce qui fait qu’il nous propose de nous déplacer en van de la route vers la plage pour que nous fassions les derniers kilomètres dans un décor plus agréable jusqu’à Lingreville. C’est d’accord ! Il nous amène ainsi rapidement jusqu’aux dunes dans les environs de Hauteville sur Mer, et nous gagnons aussitôt le sable. Ah… de l’air pur et la mer !... Que c’est bon, respirer la brise à grandes goulées, écouter le bruit des vagues, et saluer le soleil de fin de journée qui descend sur l’horizon marin…Nous en oublions presque nos pieds !

Didier et Sylvain marchent ensemble, largement en tête. Comme toujours ils font des pointes à bonne allure, laissant loin derrière Isabelle et Soline qui doivent d’avantage écouter leur corps et gardent une marche modérée et constante. Ce n’est pas bien grave, chacun a son rythme, et il n’y a pas de mal à marcher tranquillement en devisant, c’est l’occasion de moments de partages privilégiés ! Ceci dit, l’émulation entre Sylvain et Didier fonctionne tant et si bien qu’ils accélèrent au point qu’Isabelle et Soline finissent par les perdre de vue ! Mais ce sont eux qui ont les cartes ! Allez, ce n’est pas grave, François est là pour les guider et les encourager. Il leur propose même de faire un pied de nez aux hommes en montant dans le van pour arriver les premières, mais elles refusent : c’est qu’elles tiennent à faire le chemin jusqu’au bout, non mais !

Les pas s’additionnent les uns aux autres à tel point que cela en devient hypnotique, et Isabelle et Soline ont maintenant l’impression qu’elles pourraient aller au bout du monde, ne pas s’arrêter en passant devant François et Nicolas qui les attendent sur le bord de la route devant la maison de M. et Mme REMIGEREAU, nos hôtes de cette étape…

Cependant, ça y est, nous sommes tous arrivés ! Nous pouvons nous installer, prendre place dans le tipi où nous passerons la nuit : encore un lieu atypique pour dormir, c’est aussi le charme de cette aventure !... Et puis les toilettes sèches, la douche solaire, c’est formidable, cela fait réfléchir et nous sommes tous séduits ! Mais la soirée ne fait que commencer et Bernard REMIGEREAU nous a conseillé, si l’envie nous en dit, d’aller vers 21h voir la route submergée du Havre de la Vanlée : nous y passerons en effet demain à pieds secs, et c’est une des rares occasions dans l’année, en raison des grandes marées, de la voir entièrement recouverte d’eau une douzaine d’heures avant notre passage. Bien sûr que nous sommes intéressés !

Nous profitons des commentaires de notre hôte qui nous explique le phénomène naturel qui régit les salines et les prés-salés en ce lieu classé depuis 1988. Nous profitons et nous admirons les reflets sur l’eau, les lumières changeantes de la tombée de la nuit… Nous nous amusons de l’absurdité de la signalisation routière à ce moment-là, de Nicolas qui fait le pitre en se découvrant un petit Torneirieland, etc. Chacun laisse également ses pensées voguer au fil du courant devant tant de paix et de beauté. La fraîcheur du soir se manifeste peu à peu, et finalement la station debout laisse les douleurs corporelles se manifester progressivement. Soline et Isabelle étaient fières d’être allées au bout de la journée de marche en endurant courageusement l’effort, mais là, c’est leurs articulations et leurs muscles qui se rappellent à elles ! Elles n’aspirent plus qu’à une chose finalement, rentrer au chaud et s’allonger…


Devant leur fatigue, les autres font en sorte que le repas puisse être pris dans le tipi, et si la nourriture bien chaude est réconfortante, Soline tombe de sommeil entre chaque plats. Personne ne fera long feu ce soir, le temps de soigner les pieds, et vite dormir ! Les plus fatiguées peinent tant à se dépêtrer de leurs vêtements pour se glisser sous les couvertures que c’est comique : « Au secours, il y a une vieille Polonaise complètement saoule qui cherche à entrer dans mon lit ! » crie Nicolas. Tout le monde s’esclaffe de bon cœur, même la première concernée. Ah qu’il est bon de s’endormir en riant !...

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Mardi 2 septembre 2008

Ce matin, au réveil, contrairement aux prévisions annoncées hier, la pluie est encore au rendez-vous. Voilà qui ne motive pas à quitter la douce chaleur des couvertures ! Mais il faut tout de même se lever : les uns vont récupérer les vêtements que nous avions mis à sécher, les autres commencent à préparer le petit-déjeuner. Nous inspectons les chaussures, qui sont bien loin d’être sèches, même si elles ne sont plus aussi trempées qu’hier. Il nous faut réprimer nos grimaces et enfiler les chemises et les habits frais et humides… Les cuculles sont toujours aussi mouillées… Elise et Sylvain peinent à l’idée de repartir ainsi, Sylvain proteste même en disant que ce sont  tout de même de ses vacances dont il s’agit ! Mais nous sommes tous dans ce cas, et nous savions, en partant, que nous nous engagions dans une aventure qui ne serait pas de tout repos…! Nicolas, au contraire, peine à cacher sa frustration tant il enrage de ne pas pouvoir nous accompagner. Chacun sa croix, chacun son Chemin…

La pluie finit par se calmer, François nous emmène enfin au lieu que nous avons choisi pour notre départ et nous nous réjouissons de voir le château avant de prendre la route. C’était sans penser que nous étions mardi, jour de fermeture des lieux : nous n’apercevrons finalement que la porte du domaine, et la pointe des tours… Dommage !

Nous entamons notre marche. Il pleut encore un peu mais cela semble en bonne voie. Nous quittons vite la route pour prendre les chemins, pour notre plus grand plaisir. Bien sûr, le sol est un peu boueux à cause de la journée d’hier et de la pluie était tombée durant le mois de mai, les flaques sont nombreuses à éviter, mais nous n’allons tout de même pas nous arrêter pour si peu ! En fait, c’est sans penser au territoire que nous sommes en train de parcourir : nous sommes en plein cœur des marais du Cotentin !! Et les flaques s’agrandissent ostensiblement… Nous devons de plus en plus faire des acrobaties pour marcher sur les bords afin de les éviter.

La boue est de plus en plus profonde aussi, et nous ne marchons pas depuis plus de 5mn dans ces chemins que les chaussures d’Elise, trop basses pour un tel terrain, sont emplies de boue. C’est très dur pour elle, et son moral tombe d’un coup ! Sylvain la console et l’encourage. Nous ne sommes pas fiers, ni les uns ni les autres, et Didier, qui le sent bien, choisit d’avancer avec dynamisme afin que le groupe ne se laisse pas aller au découragement ! Nous marchons donc énergiquement pour le suivre, malgré l’eau qui prend de plus en plus de place dans le chemin. Ca y est, la bordure est trop glissante, la flaque un peu plus profonde, et le pied est dedans, l’eau commence à rentrer à l’intérieur de toutes les chaussures…! Flûte ! Isabelle et Soline avancent en sondant le sol avec leur bourdon. Sylvain enrage contre les conditions de marche…


Hauts les cœurs, il faut avancer. Soline accélère pour tenter de rejoindre Didier et marcher quelques minutes avec lui. Soudain devant nous, non plus une flaque, mais une étendue d’eau qui dépasse bien largement les limites du chemin. Même la bordure est sous l’eau, et les prés de chaque côté aussi !


A peine deux secondes pour se poser la question, refaire le chemin dans le sens inverse en remarchant dans la boue, les orties, etc. ou bien avancer, tant pis… ? Et c’est parti, un pied, deux pieds, ça y est, de l’eau au-dessus des chevilles, oh bigre ! c’est froid, c’est glauque, et c’est mou sous les pieds, savant mélange d’eau, de vase, de terre et de lisier, les hautes herbes freinent un peu la marche, il faut faire de grandes enjambées, six, sept, huit, et hop, nous revoici presque au sec… enfin… en théorie, car toujours dans la boue et les chaussures pleines comme des bassines !!! Ce n’est pas grave, on continue, « courage » se dit-on en nous-mêmes, c’est aussi ça le Chemin, une pensée pour les pèlerins du Moyen Age et d’autres temps qui ont du connaître cela eux aussi… !

Les chausses sont trempées, les chemises et le bas des robes des femmes aussi, poissées par la boue, le lin blanc des habits de Didier est maintenant vert de gris. Nous sommes décidemment beaucoup moins frais qu’au départ ! Nous continuons notre marche, et nous nous rendons vite à l’évidence : nous allons vraiment passer la majeure partie de la journée dans ces conditions, à patauger dans les marais. Nous avons beau essayer d’éviter les flaques, de couper par les champs sur les côtés du chemin, les haies trop denses nous en empêchent souvent, et le peu de fois que nous arrivons, ils sont eux aussi détrempés et la terre glaise nous colle aux pieds, alourdissant nos pas. Alors au bout d’un moment, on ne cherche plus, ni à comprendre, ni à éviter, on fonce, on avance droit devant, ne pensant qu’au point d’arrivée de l’étape… ! Une flaque d’eau ? De la boue ? Peu importe, les pieds dedans, on avance. Un point positif, tout comme hier, nous avons tant d’eau dans les chaussures, que nos pieds ne chauffent ni ne frottent : nous n’aurons pas d’ampoules supplémentaires !


Le balisage est apparemment approximatif sur cette portion de chemin, et la végétation a tant poussé qu’elle cache parfois le marquage que nous devons suivre. Ce n’est pourtant pas le moment de se perdre, vues les conditions. A vouloir aller trop vite au passage d’une ferme, nous faisons un petit détour qui manque de nous emmener encore plus profondément dans les marais ! Nous demandons notre route, afin de savoir où nous nous trouvons par rapport à l’itinéraire, mais il nous faut interroger deux personnes pour avoir une information précise qui nous permette de savoir dans quel sens continuer.


Les chemins se suivent et se ressemblent durant toute cette journée, tantôt l’eau ne dépassant pas nos semelles, tantôt l’eau montant jusqu’au-dessus de nos mollets, toujours aussi froide et glauque. Nous ne nous arrêtons même pas pour manger le midi, c’est mouillé partout, il fait gris, et les kilomètres que l’on fait comptent triple dans nos jambes. Debout sur une portion sèche de chemin, nous sortons nos victuailles et nous les ingurgitons en marchant.


De leur côté Nicolas et François sont allés vérifier que tout allait bien pour la voiture de Didier au Mont St Michel, puis faire sécher quelques vêtements trop mouillés la veille. Sans nous en rendre compte, en raison de notre acharnement à avancer, et du peu de pauses que nous nous accordons, nous avançons vite, si bien que nous arrivons bientôt en vue d’Ancteville. Le manoir n’est pas compliqué à trouver, et nous y sommes attendus pour un cocktail d’accueil à 18h : nous aurons donc une heure pour nous remettre de nos émotions, quitter nos chaussures détrempées, etc., quelle joie rien que d’y penser ! Nous terminons comme toujours sur quelques voies goudronnées. Isabelle peine, à l’arrière du groupe, ses ampoules lui font mal. Soline et Elise, qui commence à avoir mal à la cheville elle aussi, la précèdent, mais pas de beaucoup. Didier et Sylvain sont, comme souvent, ceux qui endurent le mieux l’effort.


Nous voici enfin devant le panneau d’entrée du domaine du Manoir de la Foulerie qui nous accueille gracieusement ce soir : Michel et Sylvie ENOUF nous mettent en effet à disposition des caravanes pour y passer la nuit au chaud et au sec, avec tout le confort juste à côté, ce sera un vrai bonheur ! Nous traversons l’entrée et nous nous dirigeons vers la réception afin d’y être accueillis par le cuisinier de la crêperie du Manoir : un monsieur très actif et dynamique qui nous salue avec entrain, nous annonçant ce qui est prévu pour nous souhaiter la bienvenue : visite de M. le Maire, présence d’un journaliste, et surtout cocktail de bienvenue préparé par ses soins à la demande de M. ENOUF, dans le salon du magnifique Manoir qui domine la cour principale ! Petits canapés au boudin de Normandie, et dégustation d’une boisson nommée « Grand Bleu » sont au programme, hmmm… Nous tombons de fatigue, mais nous sommes touchés de tant d’attention ! Ceci dit, aïe, si le journaliste vient à 18h, nous devons rester en tenue jusqu’à ce moment-là… et garder nos chaussures !? Mais devant tant de gentillesse, nous acceptons rapidement cet effort. En attendant le maître des lieux, on nous installe dans la salle de la crêperie, et le cuisinier nous apporte de quoi nous rafraîchir, des boissons chaudes, etc. Nous sommes là comme des rois, nous qui apprenons chaque jour l’humilité (oui, et l’humidité aussi, il vaut mieux en rire !). Nous prévenons François et Nicolas afin qu’ils ne soient pas en retard pour la petite réception, et nous prenons enfin un vrai moment de détente et de repos… Elise, épuisée physiquement et moralement après l’épreuve de la journée, tombe de sommeil sur la table.


Michel ENOUF arrive avec son épouse, nous commençons de discuter un peu, de ce que nous avons déjà vécu, de ce qui nous attend, etc. Ce sont également tous ces moments que nous espérions dans notre aventure : le partage et l’échange, qui sont toujours enrichissants. Puis Nicolas et François arrivent. Ils rient en voyant notre état, Nicolas regrette de ne pas avoir pu en être car il attendait avec impatience ce genre de chemins. Le journaliste arrive enfin, ainsi que M. le Maire dont la présence nous honore : vite la photo, afin que nous puissions mettre à l’air nos pieds qui macèrent… ! Nous rions tous de nos tenues, de nos mines, nous discutons à battons rompu, et le spectacle de nos pieds déchaussés sera un fameux moment d’étonnement et d’amusement ! Il faut dire qu’ils n’ont pas fière allure, ces pieds tous fripés après le séjour dans l’eau, colorés du tanin des chaussures, ces ampoules qui ont pris de drôles de couleur. Il va nous falloir nettoyer et soigner tout cela proprement ce soir ! Mais pour le moment, place au réconfort et à la détente, nous sommes attendus dans le salon du Manoir. Nous sommes d’ailleurs tous gênés d’y entrer, tant nous nous sentons en décalage avec le lieu, somptueux, propre et pimpant !...


Nous avons l’agréable surprise de trouver dans le salon une affiche avec un mot de bienvenue à notre attention, pèlerins en voyage vers Compostelle, en étape vers le Mont St Michel. Et devant la cheminée monumentale, c’est à notre santé que l’on boit et que l’on régale les papilles ! C’est délicieux, succulent, hors du temps pour nous qui mangeons à la mode du XVe s. midi et soir. Et c’est un bon moment que nous passons là, à évoquer notre projet, sa naissance, son déroulement, nos rêves, etc. Il y a même un ami d’Isabelle et Didier qui arrive pour se joindre à nous : il nous a trouvé tout seul, personne ne lui avait dit que nous étions là ce soir, là !


Puis c’est l’heure pour tout le monde de retourner à ses occupations, le cuisinier a affaire à la crêperie, et nous devons nous occuper de nos affaires. Mille mercis pour cet accueil convivial, ces moments privilégiés sur notre chemin… !

Nous rejoignons nos caravanes qui nous attendent sous un hangar. Elles sont petites et charmantes, parfaites pour y passer une excellente nuit. Et il y a un grand espace avec tout ce qu’il faut pour se laver, nettoyer, cuisiner, etc. C’est formidable ! Nous nous installons confortablement, pour profiter comme il se doit de ces lieux. Mme ENOUF a la gentillesse de passer pour nous demander si nous avons du linge à faire sécher : merci encore ! Nous voici établis pour une excellente soirée régénérante… Nicolas en profite pour refaire la cire de l’intérieur de la gourde en cuir rouge de Soline afin qu’elle puisse en tester l’efficacité demain, chacun s’occupe de ses pieds, lave à grande eaux chausses et chaussures. La soirée s’écoule paisiblement, nous espérons la nuit de même, demain sera un autre jour…

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Mardi 2 septembre 2008

L’église proche de la salle nous sonne l’Angélus presque dans l’oreille, il est l’heure de se lever ! Préparatifs des pieds et petit déjeuner, c’est le premier rituel chaque matin, et puis ensuite s’occuper des chaussures. Et là, on s’active d’autant plus ce matin : il commence à pleuvoir et on nous a laissé entendre que la météo ne serait pas engageante… C’est dommage, on s’était bien habitué au beau temps normand !

Les chaussures et escarcelles sont donc graissées. On range les affaires dans le van, la lessive qui n’est pas sèche est installée sur des cordes à linge de fortune dans le véhicule, et on prépare nos vêtements de pluie, cuculle, cape, chapeaux de feutre, pour prendre le chemin sous le « crachin » normand…

Nous prenons la route en chantant, mais les maux de pieds ou de jambes se font sentir en ce quatrième jour. Didier sert les dents sur son ampoule, et Nicolas commence à sentir une douleur qui s’impose dans le mollet et dans la cheville… Vivement que l’on quitte la route et que l’on gagne le bord de mer, plus confortable pour marcher !

Enfin parvenus au rivage, c’est sous le crachin que nous commençons à longer la côte. La luminosité est étrange, très blanche, éblouissante, et l’eau, le ciel et le sable prennent la même couleur de pâle grisaille … Un désert humide, à ne plus distinguer les éléments. Nous marchons contre la pluie qui, de légère, s’intensifie peu à peu… Lorsque nous arrivons au point où nous devons reprendre la route, les plus résistants et courageux n’y tiennent plus, nous enfilons tous nos capes ou cuculles, afin de ne pas trop mouiller nos vêtements ! Nous espérons que ce mauvais temps va partir avec la prochaine marée, que nous attendons de ce fait avec impatience !...

Nous marchons de nouveau sur du macadam, nos pieds cognent dessus et Nicolas en ressent d’autant plus la douleur dans sa cheville, douleur de plus en plus localisée au fil des kilomètres de cette matinée : le tendon d’Achille ! Pour que Nicolas se plaigne, c’est que cela ne va vraiment pas, et comme c’est un endroit sensible pour les marcheurs, avec des risques de lésions qui peuvent être importants, nous lui conseillons tous de prendre une journée de repos afin d’être en forme pour aller jusqu’au bout. On réfléchit, on discute, puis on appelle François, c’est décidé, Nicolas s’arrête au moins pour la journée. On attend sur le bord de la route que François et Laurence vienne le chercher, on se donne rendez-vous en fin de journée, ou bien avant pour des nouvelles, et puis nous repartons à 5 au lieu de 6. Didier avoue qu’il ne se sent pas très en forme non plus, et craint de devoir quitter lui aussi momentanément la marche. Ceci dit, pour le moment, il s’accroche. Courage ! Sans que l’on s’en rende compte, la « perte » d’un des pèlerins ampute moralement le groupe, d’autant que nous perdons le plus facétieux, le plus spontanément amuseur !

Nous retrouvons la plage après la route, mais nous avons déjà quelques lieues dans les pieds et les jambes, et ce, sous la pluie… Ah tiens ? Mais ne serait-ce pas le soleil qui pointe ? La marée va-t-elle, comme nous l’attendons, nous porter chance ?! C’est en tous cas finalement au sec que nous allons nous arrêter pour manger ce midi. Nous trouvons asile sur un terrain suffisamment sec pour déchausser si nous voulons et mettre nos pieds à sécher pour certains, quel réconfort ! Mais ? Oh non, dites-nous que ce ne sont pas des gouttes de pluie qui recommencent à retomber ! Car si la pluie reprend maintenant, c’est que nous en aurons pour toute la durée d’une nouvelle marée ! Nous tenons tête à la météo pour finir de manger et garder le plus possible nos pieds à l’air et au sec. Elise fait aussi vite qu’elle peut pour se soigner avant de remettre ses chaussures, Soline cache ses pieds sous ses cottes comme elle peut, mais c’est finalement l’eau qui gagne…


Notre pause repas n’aura au final pas duré très longtemps, pas assez, et nous repartons mi-courageux, mi-moroses, sous la pluie de nouveau battante qui nous chasse inexorablement.

Nous avons des nouvelles de Nicolas car nous sommes dépassés par le van qui repère pour nous la route : voyant sa cheville si enflée, il est finalement allé voir le médecin qui lui a diagnostiqué une tendinite aigüe du tendon d’Achille et lui a prescrit le port d’une attelle et un repos total de 15 jours !! Le moral de Nicolas est plus bas que terre : finie pour lui l’aventure du pèlerinage !? Alors qu’il n’a pas d’ampoules, pas mal aux pieds ni au dos, et qu’il nous taquine avec cela depuis le début, voici que cet Achille lui fait un pied de nez !...  Cela n’encourage guère les marcheurs que nous sommes…

Nous sommes silencieux sous la pluie. Nos pieds souffrent des nombreux passages sur macadam, nous devons contourner le havre de Surville, cela nous semble long et nous devons marcher le long d’une route sans concessions pour les piétons. La marche dans les hautes herbes sur le bord de ces voies est notre obsession, mais en même temps, la pluie gorge le cuir de nos chaussures, les emplit, noyant nos pieds. Heureusement, l’énergie de la marche fait que nous ne souffrons pas du froid de l’eau ! Nous passons par de jolis lieux également, mais notre moral à la baisse nous empêche de les apprécier pleinement, et nous nous concentrons sur l’effort. A tel point que Didier, souffrant de son ampoule, ayant de plus en plus de mal à repartir après chaque arrêt, puise dans ses dernières ressources pour se donner un coup de fouet et accélèrer le pas, nous laissant impuissants derrière lui dans notre peine à avancer. Le plus raisonnable pour le reste des marcheurs, c’est alors de prendre un rythme de croisière pour s’assurer d’aller jusqu'au bout de l’étape ! C’est Didier qui a la carte, ceci dit, et nous ne savons donc pas où nous en sommes du chemin et du lieu d’arrivée, cela nous frustre un peu, mais il faut bien continuer. Une chose est sûre, Didier ne nous fera pas faux-bond en ce qui concerne l’itinéraire et à chaque carrefour il nous attend tout en conservant son avance.

Nous finissons par voir enfin le van, avec François et Nicolas ! Cela voudrait-il dire que nous ne sommes plus si loin ?! En effet nous sommes près du but et François repère pour nous, dans les petites routes de campagne du hameau, le chemin le plus court. Courage, courage ! La pluie s’est encore intensifiée, l’averse ne nous épargnera pas pour les dernières centaines de mètres. Elise marche comme un automate, elle ne s’arrête plus de peur de ne pas pouvoir repartir, pour le peu qu’il reste à faire. Nous nous trompons de chemin, les 100 m d’erreur nous paraissent presque 10 km, mais nous luttons. Soudain, le van, au bout de la rue, et Nicolas et François qui nous font signe, c’est l’entrée de la ferme de Gilles et Nadine COUEDEL chez qui nous allons passer la nuit. Il ne nous reste plus à parcourir que la longue allée menant à la maison… Elise est tellement dépitée face à ses chaussures pleines d’eau qu’elle fait les derniers mètres en sautant à pieds joints dans les flaques d’eau en riant, après tout les nerfs craquent comme ils peuvent, et l’humour est tout de même le meilleur moyen ! Quant à Soline, elle réalise qu’elle marche depuis certainement un bon moment « à côté de » ses talonnettes : elles ont avancé jusque sous la voûte plantaire à cause de l’eau, un bon moyen pour se faire des ampoules !

En marchant dans l’allée, nous apercevons quelques éléments étranges : des chaussures rognées parsèment les pelouses : tiens tiens… y aurait-il des chiens un peu joueurs dans cette ferme ?... Mais oui ! La grosse voix inquiète d’un Patou, nommé Bambou, nous salue en même temps que le beau-père du propriétaire des lieux, tandis que deux Border Collies, Simba et sa fille Capsule, sautillent autour de nous. Les présentations faites de part et d’autre, tout le monde est vite rassuré !

Nous sommes trempés comme des soupes, le monsieur qui nous accueille nous amène vite à la grange qui nous servira d’abris pour la nuit. Cette grange sert souvent pour les fêtes familiales, ce qui fait que nous profitons de tables et de bancs qui s’y trouvent à demeure, et d’un plancher en bois qui sert de scène, sur lequel nous pourront poser proprement nos couchages pour dormir. Nous nous empressons d’ôter nos vêtements trempés, afin de ne pas prendre froid. Epuisés, les marcheurs sont dans leur tête. Soline s’agace de ne pas avoir pensé à prendre de couverture pour la nuit car le cuculle qui doit faire office est bien mouillé ! Nicolas, lui, ronge son frein de ne pas avoir pu partager cette journée, et de devoir sûrement s’arrêter là de marcher. Difficile d’être sur la même longueur d’onde quand les nerfs et la fatigue s’en mêlent ! Frictions, explications, réconciliations…

Les pèlerins n’ont pas de tenues de rechange, mais il ne fait pas si chaud que cela dans la grange où l’humidité règne pour le moment. Nous faisons le choix de remettre des vêtements XXIe s. pour aller étendre nos affaires et espérer qu’elles sèchent un peu pendant la nuit.

Nadine COUEDEL arrive, puis son époux Gilles, pour nous saluer et vérifier que tout va bien. Nos équipements trempés les inquiètent un peu et ils nous proposent gentiment de nous prêter un système de chauffage au gaz pour que nous essayions de faire sécher un peu mieux nos chaussures. Mille mercis pour ce geste !

Nous nous installons petit à petit, nous reprenons notre calme, nos esprits, et nous pouvons enfin profiter pleinement des lieux et de nos hôtes. M. et Mme COUEDEL ont une bien belle ferme qui date du XVIIe s. mais dont l’emplacement remonte au Moyen Age. Cette période passionne d’ailleurs le propriétaire qui nous avoue être à la recherche de bons livres sur le sujet. Il nous parle de sa maison, de ses origines bretonnes, mais aussi des cochons qu’ils élèvent avec le label Bio. Il nous emmène voir les petits nés il y a quelques semaines, puis les adultes qui sont au vert, et nous décrit avec passion le soin qu’il apporte à ses animaux. Grande surface herbeuse, piscine l’été, arrosage pour éviter les coups de soleil, ils ont tous un nom et Gilles COUEDEL en parle avec amour, comme s’il s’agissait de ses enfants. Cela fait bien plaisir à entendre ! Il nous parle de même de ses chiens, facétieux, gentils, mais travailleurs. D’ailleurs Simba n’arrête pas de nous « harceler » avec des cailloux ou des bouts de bois pour que nous les lui lancions : c’est une boulimique d’activité et de jeux !! Voilà des gens au grand cœur, qui aiment leur terroir et leur métier. Ils possèdent également un superbe four encore en activité, gigantesque, nécessitant au moins deux jours pour le chauffer, mais dans lequel il fait bon faire du pain à l’ancienne !...

Nous pourrions passer des heures à discuter ainsi, mais il nous faut aussi préparer à manger, trier nos affaires, soigner nos pieds, etc. M. COUEDEL nous laisse à notre soirée, non sans nous avoir offert deux bonnes bouteilles de son cidre, hmmm…. Voilà qui va bien nous consoler de la journée !

Tandis que le repas du soir chauffe tranquillement, Isabelle s’occupe du pied de Didier. L’ampoule n’est pas belle, dans un endroit difficile à nettoyer, mais il faut ce qu’il faut ! Surtout si Didier veut repartir d’un bon pied demain matin…

Nous dînons, et le repas chaud nous fait du bien. Avant d’aller dormir, nous veillons à bien mettre les chaussures et menus objets à sécher, et nous étudions l’itinéraire de l’étape de demain. Bien nous en prend : 27 km annoncés, alors que nous venons d’en faire aujourd’hui 22 sous la pluie, et que nous devrons de ce fait marcher avec un équipement trempé ! Les esprits ne sont pas au beau fixe, nous manquons de journée de pause ou de calme pour nous remettre des journées aux conditions plus rudes… François nous propose de raccourcir l’étape, et d’en faire exceptionnellement un tronçon en van pour compenser les difficultés que nous avons rencontrées aujourd’hui. Nous acceptons tous cette proposition, car la fatigue est là, et s’il pleut encore demain, le courage nous manquera si l’on doit s’attaquer de nouveau à près de 30 km !... Nous décidons donc d’un commun accord de partir du Château de Pirou, espérant ainsi pouvoir y jeter un œil avant de marcher. Cela nous fera une étape plus raisonnable d’à peine 19 km.

Nous nous installons enfin pour la nuit en veillant à ne pas nous installer trop sous le nid des hirondelles qui ont élu domicile là, et nous sombrons dans le sommeil…

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Lundi 25 août 2008

Après une journée de près de 30km, nous sommes contents de nous lever le matin avec une courte étape en perspective : une petit quinzaine de kilomètres, de quoi nous reposer !

Le temps de se préparer et de prendre le petit-déjeuner, François nous dépose à St Georges la Rivière pour nous éviter d’avoir à refaire la route goudronnée si cassante pour les pieds que nous avons parcouru hier en fin de chemin. Nous reprenons notre route sur la plage, en direction de Portbail, où nous prévoyons de nous arrêter manger ce midi.

Nous marchons d’un bon pas, dépassant un groupe de randonneurs interloqués et curieux de notre tenue, et à qui nous répondons tout en avançant car nous ne voulons pas perdre trop de temps… Nous parvenons vite au Havre de Portbail, et là deux solutions s’offrent à nous : tenter de traverser tant que la marée est basse, ou bien aller jusqu’à la petite ville pour nous y poser vraiment le temps du repas, même si cela représente un détour. C’est la seconde option que nous choisissons, pour aller voir au moins à quoi ressemble le bourg, et puis, pourquoi pas, s’y enquérir d’une petite gourmandise glacée à se mettre sous la dent… Comment çela, la gourmandise serait un péché qui demande pénitence ?!

Ceci dit, c’est bien beau d’avoir choisi d’aller en ville, encore faut-il en trouver le chemin, et une fois remontés de la plage dans les hautes herbes, nos experts en matière d’itinéraire restent un peu dubitatifs… Mais quelle est cette voix qui nous interpelle « Vous êtes des pèlerins ? » ? Un monsieur bien équipé pour aller à la pêche à pied marche vers nous dans les hautes herbes, et s’adresse à nous avec le sourire. Nous entamons la discussion, lui racontant notre aventure. Ce monsieur, c’est Gilles LAISNE, il est à la fois artisan bijoutier dans le centre de Portbail et archéologue. Alors bien entendu, la ville au Moyen Age, il la connaît « un peu ». Il nous raconte l’histoire du lieu, le résultat des fouilles qu’il a pu faire, l’importance alors de la pêche à pied et des ressources halieutiques. Il nous conseille de goûter les patelles (les pieds bleus, choisies petites, les meilleures selon lui), dont il nous explique la plus simple des recettes, cuites sur le feu dans leur coquille... Nous pourrions rester longtemps à discuter ainsi ! Mais le temps passe, il nous faut marcher. Nous pensons tout de même à lui demander notre route pour entrer en ville, et nous repartons de bons pieds !

Sur le chemin, nous observons toujours très attentivement la végétation, et c’est une bonne idée car nous croisons là nombre d’orchidées sauvages, délicates porcelaines rosées. Instants de contemplation… Puis nous entrons dans la petite ville par la même route que les voitures, sur le pont : ce n’est pas forcément très pratique mais il n’y a guère de moyen de faire autrement en raison du havre…

Tiens, mais François nous attends près de l’église ! Les randonneurs que nous avions doublés sur la plage sont déjà là eux aussi, à nous invectiver avec humour ! Ils ont pris un raccourci, et n’ont pas discuté, eux ! Le moment est simple et convivial. L’église est magnifique, dans sa rudesse de granit, et elle nous tend les bras. Nous y entrons pour aller saluer la statue de St Jacques qui semblait nous y attendre… Presque grandeur nature, il ne lui manque que sn bourdon. Peut-être un pèlerin désarmé lui a-t-il un jour emprunté ?...

Nous marchons ensuite jusqu’à la place du marché pour nous y installer et nous restaurer. Nous voyons là l’échoppe de Gilles LAISNE, qui fait en effet de bien beaux bijoux en argent coulé dans des moules en os de sèche.
Des passants nous posent des questions, nous interpellent, c’est intéressant. Sauf lorsqu’un certain grincheux parisien trouve que St Michel, ce n’est pas un vrai pèlerinage, et que lui l’a fait, le « vrai », Compostelle. Nous ne répliquons rien, nous nous disons juste qu’il lui reste quelques ouvrages à aller relire, et encore à cheminer longtemps sur la voie de l’ouverture et de l’humilité… !

Pour ce qui est de notre chemin à nous, ceci dit, nous voici en mauvaise posture car nous cédons comme prévu à la gourmandise en mangeant une glace avant de repartir, et François cherche à nous persuader que nous devrions faire pénitence en repartant 5km en arrière !...

Nous repartons tout de même dans la bonne direction, pour finir de contourner le havre. Le paysage a encore changé, nous voici dans les zones marécageuses et les prés salins… Nous allons maintenant couper par la campagne pour gagner Denneville, sans plus suivre le bord de mer : nous la reverrons demain ! Les chemins sont faciles, le soleil est là, nous sentons déjà la fin de l’étape s’approcher.

Nous parvenons enfin à notre village d’étape après avoir croisé de bien joli bâtiments, et un beau four banal qui fait bien envie à Isabelle et Didier. Nous passons alors devant une petite boutique d’alimentation et quelle n’est pas notre surprise : une affichette en couleur annonce à tous les passants notre venue à Denneville pour une veillée sur le thème du Moyen Age. Nicolas et Soline ont même leur portrait dessus ! Incroyable, improbable, nous sommes attendus comme nous ne nous y attendions pas !
Puisque c’est près de l’église qu’est notre rendez-vous, nous nous installons sur le muret pour nous délasser, attendant notre hôte.
François arrive entre temps, nous lançant sur la quête, autour de l’église, d’une pierre tombale d’un pèlerin du XVIe s. sur laquelle on peut voir encore un bourdon et une besace. Nous nous égayons tous dans le cimetière, mais non ! Elle est près de la grille d’entrée, à la verticale… ! Nous en profitons aussi pour aller visiter l’église, parée de magnifiques fresques des Quatre Evangélistes aux couleurs pastel, qui décorent la voûte du croisillon nord depuis le XVIe s.…
Nous nous enquerrons également de la salle St Hélier, mais nous n’osons y aller vraiment : une fête de famille se déroule juste à côté, nous n’osons perturber… Mais Daniel LEMOINE arrive enfin, nous allons pouvoir nous poser, faire le menu bricolage nécessaire, la lessive, la couture, etc.

M. LEMOINE, Président de l'Amicale St Hélier a discuté avec M. le Maire pour que nous ayons accès à la salle de répétition de l’association, gracieusement mise à notre disposition avec point d’eau et facilités pour la cuisine. Il craignait que le sol en carrelage ne soit trop dur pour nous, mais nous le tranquillisons vite : nous y serons vraiment très bien ! Il nous laisse nous installer, nous occuper de nos petites affaires, il reviendra un peu plus de 2h plus tard, avec tous les invités.

Nous voici donc tranquilles, au frais dans cette salle municipale, protégés de la chaleur et des regards curieux des familles en fête dans la salle à côté. Nicolas peut enfin réparer les chaussures. Chacun fait sa petite lessive, Soline sort de quoi terminer de coudre le petit pourpoint en lin à manches courtes de Nicolas. Puis une fois les chaussures faites, Nicolas commence à percer les coques pour qu’elles puissent être cousues. Travail ardu, les coquillages ne résistent pas tous, quel dommage ! Soline peut pourtant fixer la sienne, ainsi que le petit bourdon miniature, sur sa besace en cuir rouge toute neuve… Elle coud celle de Nicolas, fêlée mais pas cassée, sur son chapeau de feutre noir, avec le bourdon également… Chacun s’affaire à sa manière…Isabelle termine les braies de Didier, puis soigne ses pieds à elle et ses pieds à lui. Didier est en effet inquiet, une grosse ampoule lui fait très mal, ce qui lui arrive pourtant rarement. Il faut percer, nettoyer, et puis attendre, voir l’évolution demain…

Mais voici les invités qui arrivent, il est donc déjà l’heure ! Que le temps de repos passe vite ! Et pour cette soirée, comme promis lors des premiers contacts, quelle fête les habitants de Denneville, membres de l’Amicale, nous font !!... Nous en sommes touchés et surpris ! Ils nous Accueillent avec un grand A, pour un repas en commun après nous avoir gentiment laissé le temps de nous reposer, tous les membres de leur association amenant quelque chose pour le banquet, qui à manger, qui à boire. Les tables sont parées de nappes, décorées, on nous installe à la place d’honneur, pour présider ce repas, et chacun viens, avec simplicité, nous dire un petit mot, nous demander des explications, etc.

Les plats défilent devant nos yeux, emplissent nos estomacs, font tourner nos têtes, tant de profusion ! Charcuteries variées, fromages au choix, et desserts à volonté, arrosés de cidre de pays. C’est l’occasion aussi de discussions et d’échanges ! Daniel LEMOINE nous présente son association, leurs objectifs, leurs activités, et nous faisons de même. Puis nous présentons chacun notre tour notre tenue de pèlerin, emmenant l’auditoire pour un petit voyage au XVe s. le temps d’une soirée inattendue…

Mais il nous faut également être en forme demain pour reprendre le route, aussi la veillée se termine, tous repartent peu à peu, nous remercient, nous encouragent. Ils repartent non sans avoir signé un petit livre d’or préparé par Daniel LEMOINE à notre attention, y ayant tous mis un petit mot d’amitié que nous conserverons précieusement. Ils nous laissent également des victuailles pour nos repas du lendemain, et c’est avec émotion qu’ils nous abandonnent à notre nuit de repos… Mille mercis à vous tous !

Laurence est venue rechercher François pour la nuit, il nous laisse le van et les consignes, on se retrouvera en fin de journée le lendemain…

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Mardi 29 juillet 2008

Réveil à l’heure de l’Angélus, comme chaque matin à venir… C’est étrange comme s’installe déjà le rituel du lever, chacun examine ses pieds, soit une fois debout, soit encore sur sa couche… On panse, on protège, avant de s’habiller et de se chausser. On replie les couchages plus ou moins efficacement pour ce premier matin sur le chemin, mais cela s’améliorera sûrement ! Petit déjeuner, prendre des forces pour la journée, car on annonce 30 km jusqu’au lieu d’étape du soir, allons-nous y arriver ? Puis on prépare le contenu des hottes, les réserves d’eau, de fruits pour l’effort, etc.

M. MARGUERITTE, le journaliste d’hier nous a rejoint chez M. TOULORGE pour faire un second article, quelques photos sont prises avec toute la famille sur le perron de la maison, le temps des adieux est arrivés. C’est touchant car nos hôtes nous photographient en semblant tous émus de nous voir partir sur le chemin, ils agitent la main en guise d’au-revoir et nous promettons de les tenir au courant de nos pérégrinations…

Nous reprenons la route sous le soleil du matin, dans la bonne humeur. La nuit a chassé nos douleurs dans les jambes et dans nos pieds !

Nous regardons rapidement la carte à mesure que nous avançons et nous décidons que le sable sera le revêtement le plus agréable sous les pieds, et que nous pourrons également y gagner un peu côté kilométrage. Nous traversons donc rapidement Les Pieux en direction de la mer.

Et soudain, premier panorama sur la mer ! Une bouffée d’émotion, un grand bol d’air, on se sent d’un seul coup fouetté par un regain d’énergie ! Amples sous le regard, le sable s’étend en contrebas du chemin et la mer se déploie sous le ciel bleu, semblant appeler nos pieds… Patience on arrive !

La plage de Sciotot est immense, mais il en sera ainsi de toutes les plages de cette côte Ouest de la Manche que nous allons parcourir presque dans sa totalité. Marcher sur le sable, à marée basse, avec un vent léger, quel bonheur… ! Et puis, ne sont-ce pas des coques que nous voyons là à nos pieds, parmi tous les autres coquillages ? L’occasion est trop belle, nous en profitons pour ramasser chacun la coque, symbole du Miquelot au même titre que la coquille est celui du Jacquet, qui nous accompagnera jusqu’au Mont St Michel. Et puis ce coquillage ! Qu’il est beau ! Et celui-là ? Les escarcelles et les besaces pèsent quelques grammes de plus à chaque mètres parcourus… !

Ah quel plaisir, pas un dénivelé, pas une secousse dans les articulations, la plage dégagée est décidément le lieu idéal pour marcher notre Chemin sans souci pour les pieds ni les chaussures… si ce n’est la résurgence d’eau douce qui vient se jeter dans la mer et qui, sournoisement, sans prévenir, nous coupe la route. D’un seul coup c’est moins sec ! On fait comme on peut, on tente de trouver un passage au sec, un saut, deux sauts, on contourne, on commet quelques erreurs tactiques, et voici que l’eau est parvenue à mouiller quelques pieds malgré les chaussures montantes. Elise, chaussée de ses petits souliers bas, a quant à elle bien vite vu qu’elle ne pourrait pas passer au sec. Elle choisit donc de déchausser, et finalement, donne quelques frustrations aux autres de ne pas pouvoir comme elle profiter de la douceur du sable sous ses pieds !...

Tiens, mais n’est-ce pas un signe de St Jacques ? Une coquille trouvée sur la plage, pour nous indiquer que notre choix est bon, poursuivre la route vers Compostelle un jour ?

Nous avançons alors à bonne allure sur ce sable, et nous arrivons vite à la pointe rocheuse qui sépare la plage du Rozel de celle du Pou. Il est possible de récupérer le chemin juste avant, mais nous avons envie de tenter l’aventure dans les rochers en bas. Un sol lunaire et crevassé nous accueille.

Nicolas et Didier sont partis en avant pour voir si le chemin qui nous tente est vraiment praticable, et ils se rendent compte qu’il reste beaucoup de rochers à parcourir pour contourner la pointe, et que, la mer remontant, nous risquerions de nous trouver coincés par l’eau. Ils remontent donc vers le chemin, mais l’accès en est maintenant moins facile, et il faut escalader la pierre plate et humide, glissante de glaise par endroits, pour retrouver le chemin… Nicolas passe le premier et parvient au sommet, Didier le suit, mais par un autre accès, moins facile encore, et manque de glisser dangereusement. Il met quelques minutes à retrouver une prise correcte pour se hisser, mais il y parvient quand même ! Ouf, ils ne seront pas trop de deux pour aider les femmes, dont les robes ne sont pas forcément idéales pour l’escalade… ! Sylvain ferme la marche, sans problème. Nous pouvons maintenant rependre le chemin…

En haut du cap du Rozel, nous saluons au passage la statue Maris Stella, qui garde la mer et protège les marins, imperturbable. Nous grignotons un peu pour nous redonner de l’énergie, et nous repartons. La voie est superbe, à flanc de rocher, et la vue qui s’offre à nous, au détour du chemin dès que l’on aperçoit la plage du Pou, est à couper le souffle… Nous redescendons vite sur le sable, on n’y résiste pas, et bien évidemment, les femmes trouvent de nouveau coquillages. Les hommes eux, avancent. Puis Soline, devant une nouvelle résurgence d’eau douce, choisit de déchausser à son tour. Les hommes, eux, avancent. Les femmes reprennent leur marche, Soline et Elise les pieds dans l’eau, Isabelle n’ayant pas encore déchaussé, avançant tranquillement, puis elles sont arrêtées par un petit groupe de personnes curieuses d’en savoir plus sur ce gens en tenue étrange qui marchent sur le sable d’un bon pas avec leur bâton. Nous leur expliquons notre aventure, ils nous questionnent, sont intéressés, nous félicitent et nous encouragent. Cela prend tout de même un petit temps… Et les hommes, eux, avancent. Les femmes repartent, un message écrit dans le sable sur leur chemin : « Plus vite ! » Et vous croyez que c’est facile ?! On accélère le pas, pour tenter de réduire la distance, on marche du plus vite que l’on peut ainsi chargées, sur le sable, mais ils vont à bonne allure eux aussi, et ils ne s’arrêtent qu’à l’endroit où l’on devra quitter la plage. Ils s’installent tranquillement pour nous attendre. Nous sommes proches du découragement, de les voir, si petits points noirs devant nous sur l’horizon, malgré tous nos efforts ! Et puis les chevilles commencent à chauffer… Mais voilà, nous y parvenons tout de même ! Et point n’est besoin de disputer avec eux de ne pas nous avoir attendues, après tout, c’est ainsi, chacun son rythme !... Il est maintenant possible de se poser, ne nous en privons pas !

C’est amusant, nous avons tous instinctivement aligné nos bourdons, plantés dans le sable, pour y accrocher nos petites affaires ! Nous déchargeons les hottes, aérons nos pieds, désaltérons nos gosiers secs… Isabelle, qui a souffert de cette marche et gagné quelques ampoules, cède vite au besoin de sieste qui la saisit. Pour les autres, qu’il fait beau, que la mer est tentante… ! Allez, on remonte les jupes, on ôte les chausses, et on va tous se tremper les pieds dans l’eau !! Ouh !! Qu’elle est fraîche !... Mais cela fait un tel bien ! Nous sautons, rions dans l’eau, heureux d’être là, de l’instant présent, simple et hors du temps…

Tandis que nous mangeons ensuite, nos pieds sèchent. Nous devons refaire nos pansements et nos protections car l’eau de mer a décollé tous ceux que nous avions mis le matin. Puis nous rechaussons pour repartir, après avoir constaté avec plaisir que nous avions parcouru près de 2/3 de l’étape ce matin.

Nous quittons la plage aux environs d’Hatainville. « Ce sont les pèlerins pour le Mont St Michel, je les ai vu dans le journal » commentent deux marcheuses en promenade, en nous encourageant chaleureusement : l’article de la Presse de la Manche a bien été lu ! Le soleil chauffe un peu plus fort dès que nous nous trouvons sur la route, à l’abri des haies, mais il nous faut bel et bien nous enfoncer dans les terres pour rejoindre notre lieu de bivouac. Le macadam chauffe,  tape. Nous chantons pour nous donner du courage, mais l’énergie dont nous avions fait le plein tout à l’heure à la plage s’en va bien vite à mesure des kilomètres. Il nous est en effet difficile de trouver un sol meuble sur le bord des routes pour y marcher, et le goudron fait vite souffrir nos pieds, notre corps. C’est comme si les kilomètres s’allongent à mesure que nous les parcourons !... Et c’est encore loin…

Plus les kilomètres passent, moins nous parlons. Certains se concentrent sur leur douleur, d’autres sur l’énergie à puiser, et ceux qui voudraient parler n’ont plus d’interlocuteurs. Quelques tensions, dues à la fatigue, ne facilitent pas les choses… Nous sommes à la peine. Mais quand Diable arriverons-nous !!?

C’est finalement François qui devance nos souffrance, en ayant l’intuition d’aller voir où se trouve au juste la ferme qui doit nous accueillir : c’est qu’elle est bien loin du bourg de St Maurice en Cotentin vers lequel nous marchons, perdue dans dan la campagne ! Il décide donc de venir nous porter assistance pour les derniers kilomètres, nous offrant l’aide du van pour les parcourir. Nous bénissons son initiative, et son arrivée digne de celle d’un bon samaritain. Merci François, nous les femmes, n’y serions sûrement pas arrivées sans toi. Deux voyages de van plus tard, nous sommes tous à l’Hôtel Fauvel, épuisés et heureux d’être enfin arrivés. Il est déjà 20h30 ! François a trouvé le caoutchouc pour réparer les chaussures, mais ce sera pour demain !

Les vaches étant actuellement au pré, nous devons y passer la nuit dans l’étable, dans les auges, pour 5€ par personne, mais nous sommes déconfits en constatant que le sol n’avait pas été nettoyé à l’eau et que les traces de vie des vaches en ces lieux étaient encore bien présentes, visuellement, tactilement et olfactivement parlant…! La maîtresse des lieux, Mme BURNEL, nous propose aussitôt à la place, pour un prix un peu plus élevé certes, un lit dans le gîte tout confort, et notre état de fatigue nous rend enclins à céder à cette débauche de luxe et de facilité… !

Nous passerons donc, pour notre plus grand bonheur, notre soirée dans un lieu sain, avec des vrais lits, etc.

Repas, soin des pieds, douche et point sur l’itinéraire du lendemain rythme notre courte soirée, et nous allons enfin dormir d’un sommeil sans rêve…

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Mardi 29 juillet 2008

Le réveil sonne, tout le monde sur le pont ! Notre courte nuit aura-t-elle suffit à nous mettre en forme pour cette première journée ? Nous le saurons ce soir : pour le moment, nous sommes dans l’effervescence du premier départ… ! Chacun gère cela comme il peut et personne ne s’organise de la même manière, les uns petit-déjeunent (hmmm… merci aux parents de Laurence pour la brioche du Vast !) pendant que d’autres s’occupent de leurs vêtements, ou préparent leur matériel, etc. Il va falloir que tout se rôde, si l’on veut gagner en efficacité le matin, mais nous sommes optimistes : le temps va nous y aider forcément.

Il est maintenant vraiment l’heure pour chacun de finaliser la préparation de ses affaires, de quitter ses vêtements de 2008 pour la tenue de 1458, faire le point sur les pieds et la pharmacie avant de refermer les sacs et mettre les chaussures. Le temps passe et nous avons rendez-vous à 9h30 rue de St Sauveur avec M. MARGUERITTE, journaliste de la « Presse de la Manche ». Nous partons donc en voiture, les 6 marcheurs emmenés par Laurence, ses parents et sa tante sur le lieu du rendez-vous qui sera notre point de départ pour notre première étape.


Nous avons un peu de mal à nous y retrouver dans ce dédale de petites rues que nous ne connaissons pas, mais nous finissons tout de même par rejoindre Jean MARGUERITTE, un monsieur charmant et plein d’humour, lui-même pèlerin de Compostelle et du Mont St Michel et, de ce fait, très  sensible à notre démarche. Nous nous prêtons volontiers à une petite séance photo et à une interview sur nos tenues pour un article à paraître le lendemain dans le journal. Nous sommes plus que ravis de l’échange que nous avons avec lui car il est non seulement enthousiaste face à notre projet, mais en plus, il connaît bien le Moyen Age et les pèlerinages. Nous sommes sûrs, grâce à lui, d’avoir un bel article intéressant !


Il est quasiment 11h, tout est maintenant dit, et nous y voilà : le vrai départ… Cela nous fait bizarre de nous dire que nous y sommes, après tous ces mois de préparatifs ! Ces mois à y rêver, ces mois à craindre de ne pas être au point, ou pas à la hauteur, pour relever le défi. Ces jours prochains, ce seront les instants de vérité. Pour le moment, allons-y !


Nous traversons l’agglomération cherbourgeoise, les badauds s’étonnent de notre tenue mais ils ont l’air plutôt content de nous rencontrer et nous interrogent. Ils sont nombreux à nous souhaiter bonne route ! Mais la ville s’éloigne peu à peu, les maisons se font moins nombreuses et nous voici aux limites de la cité, avec notre première émotion : le premier panneau « Chemin de St Michel », sous lequel Isabelle, Didier, Elise, Sylvain et Nicolas prennent la pause en s’amusant, pour une image souvenir. Nous nous élançons alors sur nos premiers chemins de campagne…


Nous y marchons depuis un quart d’heure environ, et c’est déjà le premier arrêt pour vérification de pansement au pied d’Isabelle, et elle a raison, il vaut mieux vérifier avant que trop de mal ne soit fait. De nombreux arrêts de ce type suivront pour chacun d’entre nous au fil de ces neuf jours… Courage ! Nous nous enfonçons dans la verdure et les chemins sont magnifiques, bucoliques et luxuriants. Les prés se succèdent les uns aux autres, nous offrant une image rêvée du bocage normand, avec ses petites haies, ses chemins creux… Nous tâtonnons souvent dans la quête des marquages du chemin, préférant nous assurer de prendre le bon : l’étape fait tout de même 25 km, nous ne souhaitons pas trop la rallonger.


Soudain, une rivière à traverser, nous serions-nous justement trompés ? Et non, en fait le chemin EST une rivière, et ceci sur quelques mètres, sûrement en raison d’un détournement de son lit. Nous restons un peu perplexes, mais heureusement, avec quelques acrobaties, de grosses pierres judicieusement placées dans le cours d’eau nous permettent de passer au sec ! Nous continuons notre avancée, et nous voici sur une route qui grimpe, petite suée de fin de matinée Mais subitement… « Tiens donc, ne serait-on pas déjà passé par ici ? » Mais oui ! Nous nous sommes en fait un peu perdus, et nous venons de faire une petite boucle supplémentaire… Les pieds ne disent déjà plus merci !!


Nous convenons de faire notre pause repas (il est temps !) près de Virandeville. François et Laurence nous y rejoignent en vannette. Premier repos pour les pieds, cela fait du bien. Il n’y a pas beaucoup de place sur le bord de la route, nous avons du nous accommoder à l’angle d’une maison en restauration. Carottes, fruits, fromage, pain, et œuf seront nos compagnons de tous les midis à venir. Et quand on a bien marché, ils sont appréciés à leur juste valeur, croyez-nous ! En revanche, les gourdes en cuir sont loin d’être au point et après quelques heures de marche, elles fuient déjà à un tel point que l’on décide presque tous qu’on les abandonnera à l’issue de la première journée… Un troupeau de vaches conduites à pied par un couple d’agriculteurs nous contemple un instant avant de continuer son chemin. Moment bucolique… mais la pause est terminée, François et Laurence redémarrent, et nous, il nous faut déjà repartir vers les chemins creux, les sous-bois, dans la campagne verdoyante…


Tandis que nous remettons nos hottes et besaces sur notre dos, nous nous apercevons que François a oublié de remettre l’escabelle dans le véhicule !!! Pas d’autre solution que de l’emmener et la redonner à François lorsqu’il repassera près de nous après être allé faire des courses. Nicolas va donc la porter pendant 2 heures sur son dos, puisque, têtu, il ne veut pas que l’on partage entre nous les morceaux, pourtant en chêne ! Lorsque nous recroisons enfin François, nous lui déposons l’escabelle, puis une petite liste de courses « pharmacie » , avant de reprendre la route.


La journée est tout même longue… Les pieds souffrent, et la fin de l’étape se fait essentiellement sur du macadam. Ce qui fait qu’en arrivant à proximité des Pieux, nous craignons de nous perdre en cherchant tous seuls la ferme de notre hôte de ce soir, et ainsi de torturer nos pieds plus que nécessaire.


Nous appelons donc la fille de M. TOULORGE, venue spécialement de Caen pour nous accueillir chez ses parents absents pour la journée pour cause d’inhumation en Bretagne, afin qu’elle nous indique le chemin à suivre. Mais spontanément, plutôt que de nous l’expliquer, elle propose de venir directement nous chercher, accompagnée d’un cousin à elle, avec deux voitures pour y mettre tous les marcheurs : nous sommes surpris et touchés, un peu gênés même, devant tant de sollicitude, mais mille mercis, nos pieds vous bénissent !!


Et voici enfin note halte ! Nous arrivons dans la cour d’une ancienne ferme aux bâtiments monumentaux et élégants, la maison de maître veille sur les granges qui entourent la cour, ainsi que sur les par terre fleuris qui égayent la pierre. Il y règne une fraîcheur apaisante. Vite se déchausser, aérer les pieds, profiter du large perron pour s’installer !


C’est un accueil chaleureux que nous trouvons chez M. TOULORGE, tout d’abord avec sa fille qui nous offre de nous désaltérer (nous sommes d’ailleurs dans un tel état de fatigue, et on nous propose tant de boissons au choix, que nous en restons presque muets et indécis !), et de nous poser tranquillement sur la terrasse, dans ce cadre merveilleux et serein. Cette ferme n’est plus en activité, M. TOULORGE est depuis longtemps à la retraite, et il y règne une ambiance de petit manoir anglais, douillet, verdoyant, avec un jardin simple et luxuriant. April la gentille chienne n’est pas en reste non plus pour nous faire la fête ! Nous ne nous attendions pas à un tel accueil, et cela nous fait chaud au cœur…


François arrive avec le véhicule logistique, lui aussi aura bien usé de l’énergie à courir dans tous les sens pour nous faire les appoints de pharmacie, petit bricolage en tout genre, bouteilles d’eau pour remplacer les gourdes, etc. Une quête inachevée encore : trouver de la semelle de caoutchouc, car nous avons oublié le cuir pour ressemeler et le macadam use les chaussures à une vitesse ahurissante…


On nous indique le grenier de la belle grange en pierre, on nous y a installé une échelle de meunier pour y monter confortablement, elle a été fraîchement balayée, et équipée d’une lampe par le maître des lieux : ce sera parfait, un vrai palace que l’on nous met à disposition gracieusement ! Nous y installons nos couchages, nous sortons nos affaires du van, nous commençons de cuisiner… Flocons d’avoine, oignons et lard rissolé pour une bonne potée reconstituante… Hmmm…


M. et Mme TOULORGE, quant à eux, arrivent enfin, heureux de nous trouver sous le soleil alors que la Bretagne est sous la pluie ! Ce charmant couple nous dit son plaisir de nous recevoir, sa gêne de nous offrir « seulement » un pauvre grenier sans confort… ! Mais nous ne pouvons les laisser dire cela puisqu’ils nous ouvrent les portes de leur demeure pour les toilettes, la douche, et même la véranda pour y prendre notre repas bien au chaud !! Et voici de quoi arroser le repas, nous n’en revenons pas, vin pétillant, cidre de pays offerts par M. et Mme TOULORGE et leur fille, de quoi faire rire les gosiers !...


Mais le jour est passé, le soir s’avance, et il nous faut maintenant aller dormir, demain s’annonçant comme la plus longue journée. La marche aidant, nous nous endormons comme des bébés, à peine gênés par la fraîcheur de la nuit normande…

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Vendredi 25 juillet 2008

Nous allons partir pour neuf jours de marches, 200 km environ… Six marcheurs, Didier, Isabelle, Elise, Sylvain, Soline et Nicolas, ainsi qu’un conducteur de véhicule logistique, François, qui verra au cours du périple s’il fait tout de même quelques kilomètres sur ses deux pieds avec nous…

Didier, Isabelle, Nicolas et François ont pris leur journée, Soline son après-midi de congé. Elise et Sylvain, eux, travailleront jusqu’au soir. Il a fallu s’arranger pour la logistique, afin de faire rouler le moins de voitures possible, et être le mieux organisé possible pour le retour.

Isabelle, Didier, Laurence, François et Soline arrivent à Maromme vers 14h30 chez Soline et Nicolas pour charger les voitures et préparer le départ… L’organisation logistique est la suivante : Laurence et François dans leur voiture, Isabelle et Didier dans leur voiture, Soline et Nicolas dans leur van qui servira de véhicule logistique. Les 3 véhicules roulent ensemble jusqu’à Boulleville, où l’on dépose le van chargé devant chez Elise et Sylvain, les clefs et papiers dans leur boîte aux lettres : ils s’en serviront pour y mettre leurs propres affaires et rejoindre Cherbourg le soir après leur journée de travail. Les deux voitures emmènent ensuite les six personnes à Caen. A la gare SNCF Isabelle et Didier s’arrêtent pour prendre le train jusqu’à Cherbourg en laissant les clefs de leur voiture à Soline et Nicolas qui vont la conduire jusqu’au Mont St Michel suivis par Laurence et François. Nous déposons alors la voiture d’Isabelle et Didier en « garage mort » au Mont, et nous prenons la route vers Cherbourg à quatre dans la voiture de François et Laurence.

Isabelle et Didier, arrivés à Cherbourg en train bien avant tout les autres, se promènent en attendant Soline, Laurence, Nicolas et François. Elise et Sylvain quittent quant à eux Boulleville vers 21h15 avec le van. Que de kilomètres parcourus !! La soirée est déjà bien entamée lorsque la voiture de Laurence nous dépose enfin à Equeurdreville-Hainneville, chez M. et Mme BOURGOISE, ses parents, chez qui nous passerons la nuit chez eux, dans leur maison tout confort (profitons-en tant que l’on peut !)

Ils s’éclipsent pour nous laisser seuls, c’est trop gentil, mille mercis, et il est temps pour les quatre rouennais d’aller retrouver Isabelle et Didier en ville pour manger une pizza tous ensembles. Ces derniers, transis de froid à force d’attendre, ont cherché à trouver asile et chaleur pour patienter : merci au restaurant « Le Baroual » qui a accepté de nous servir si tard, car il était déjà 22h !!

La bonne humeur est au rendez-vous durant ce repas où nous faisons le plein de calories !!  Puis nous rentrons enfin à la maison. Petit thé, café, bavardages. Elise et Sylvain arrivent vers 00h30. Les discussions se poursuivent pendant l’installation des couchages, mais il est temps d’aller dormir, il est déjà bien tard, et demain, le réveil sonnera à 7h…

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Jeudi 24 juillet 2008



Soline

34 ans
Responsable d'un service Courrier Archives
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Nicolas
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Etudiant Chercheur en Histoire, Illustrateur
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Didier

55 ans
Retraité
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Isabelle

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Adjointe au coordinateur qualité
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Elise

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Secrétaire comptable
Périodes reconstituées : XVe s. « ARTEMIS » et « Les Compagnons Duellistes », et XVIIIe s. « Les Menus Plaisirs »
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Sylvain
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Ingénieur
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Thèmes principaux de recherche : vie quotidienne, forge















François

36 ans
Chargé d'études, géomaticien-cartographe
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